Outils chamaniques – Le psilo et la cérémonie

 

Une « aînée » et guérisseuse Mazatèque (Mexique), Natalia Martinez, présentée dans le documentaire The Little Saints, par Oliver Quintanilla (source de l’image: Mycotopia).

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De l’utilisation du champignon ou de la truffe psilocybe dans un cadre chamanique.

Il y a 4 ans 1/2, c’est par Claude Traks et Laurène Dartillah, et leurs vidéos, que j’ai entendu parler pour la première fois de l’utilisation des psilo dans le cadre d’une cérémonie. Ils affirmaient que les « médecines sacrées » sont indispensables à la croissance spirituelle. Cela m’avait d’abord laissée très sceptique, puis j’avais réalisé que je ne savais réellement rien sur le sujet, et j’avais alors commencé à me documenter… Depuis, j’ai beaucoup appris… Et désappris!

Quelques uns des préjugés abordés dans l’article, en vidéo:

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Mise en garde :

La consommation, la récolte, la culture, la vente et l’achat de champignons (ou de truffes) psilocybe sont interdits en France. Bien qu’il soit illégal d’en consommer, certaines personnes en consomment pourtant et la nature continue éhontément à en faire pousser
Beaucoup de gens « croient » savoir tout ce qu’il y a à savoir sur les psilo sans avoir jamais lu un livre sur le sujet. J’ai longtemps fait parti de ces gens-là! Et vous, comment savez-vous ce que vous croyez savoir sur les psilo ? Sur les psychédéliques en général, sur les « médecines sacrées » en général ? Quels livres ou articles avez-vous lus ? Quels personnes vous en ont parlé ?
Cet article a une visée éducative et informative, afin de contribuer à réduire les préjugés sur ces substances, ainsi que les risques liés à leur consommation. Comme avec l’alcool, la voiture ou l’aspirine, c’est en s’informant qu’on réduit les risques d’utilisation, pas en se voilant la face !
J’inclus des références (scientifiques et autres) tout au long de l’article.

Plan de l’article :
Introduction
Législation
Précaution d’emploi, contre-indications
Le psilo, c’est quoi ?
Le psilo, qu’est-ce que ça fait ?
Pourquoi l’utiliser?
Les cadre d’utilisations récréatif, thérapeutique, chamanique
Comment utiliser les psilo dans un cadre chamanique, comment faire une cérémonie ?
Conclusion

 

 

Mes autres articles consacrés aux psychédéliques et/ou au chamanisme:
Psychédéliques et immunologie
Le bad trip ou comment travailler avec des psychédéliques
Manifeste pour la bonne santé des autistes (et des non-autistes) (page 150 à 163)
Les piliers de la vie
Seidr – le chamane et la punk
Ma vidéo « Outil chamanique – Seidr – le bâton »
Bonus, une nouvelle : Bubulle, l’oeuf cosmique

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Introduction

Aux grands maux les grands remèdes !
Les « médecines sacrées », dont font parti les psilocybe (et autres champignons à psilocybine), sont les armes lourdes de la boîte à outil chamanique, des « armes de création massive ».
La Vie sur Terre est entrée dans une grande extinction de masse (la 6ème en 500 millions d’années) et cet effondrement de la Vie sur Terre est provoquée par l’être humain, qui tend à faire passer son plaisir personnel avant la protection de la Vie.
Il serait temps de prendre des mesures drastiques pour tenter de sauver ce qui peut l’être, et que faisons nous ? En France, par exemple, notre Président, son gouvernement, les députés de son parti, refusent d’interdire sans plus attendre l’utilisation et la production de tous les pesticides, la fermeture des centrales nucléaires est sans cesse repoussée, on préfère promouvoir la voiture électrique/nucléaire plutôt que de développer les transports en commun, etc… Près de chez moi, je vois des gens courir pour aller nulle part : ils font du « trail », des marathons ou du « running », ils cultivent leurs muscles et changent de baskets tous les ans, au lieu de boycotter la pétrochimie (dont sont issues leurs baskets), au lieu de ramasser les déchets qu’on voit partout.
Si nous pouvions interviewer tous les chamanes du monde entier et leur demander quoi faire pour se sortir de là, un certain nombre d’entre eux répondraient probablement qu’il faudrait demander conseil et guidance aux médecines sacrées, ces substances appelées « psychédéliques » par les occidentaux : Ayahuasca en Amazonie, Iboga en Afrique, Peyotl dans certaines régions d’Amérique du Nord…, ou encore champignons psilocybe et autres champignons à psilocybine, utilisés dans un cadre chamanique dans certaines régions du Mexique, et qui poussent un peu partout ailleurs.
Ils nous conseilleraient peut-être aussi d’arrêter de prendre l’avion et de polluer l’atmosphère pour aller prendre de l’Ayahuasca en Amazonie, et d’arrêter de piller les ressources d’Amérique du Sud, d’arrêter de faire venir de l’Ayahuasca en Europe. Ils nous conseilleraient peut-être bien d’utiliser plutôt nos propres médecines sacrées locales : en Europe, le psilo.
Qu’on soit un djihadiste, un banquier comme Mr Marcon, ou un mr ou mme tout le monde, les médecines sacrées utilisées dans un cadre thérapeutique et/ou chamanique peuvent contribuer à nous rendre moins aveugles, moins égocentriques, plus empathiques, plus écolo, plus conscients.


Législation :

La consommation, la récolte, la culture, l’achat et la vente de psilo sont interdits en France. Il est interdit d’en faire la promotion, aussi, qu’il soit bien clair que cet article se veut uniquement informatif.
Je n’encourage personne à consommer quoi que ce soit d’illégal, je souhaite seulement contribuer à réduire les préjugés à l’encontre de ces substances, et à réduire les risques que prennent les personnes décidées à en consommer en dépit de la loi.

Ceci dit, il y a un soucis avec cette loi relative aux psychédéliques, tels que les psilo. Les scientifiques le disent eux-même : cette loi est obsolète, basée sur des préjugés et non sur des données scientifiques.
Les psychédéliques sont considérés par la loi comme représentant un fort risque pour la santé publique et comme n’ayant aucun intérêt thérapeutique, alors que les scientifiques ont démontré qu’ils sont faiblement dangereux (pour soi et pour autrui) et qu’ils ont un fort potentiel thérapeutique, lorsqu’ils sont utilisés dans un cadre thérapeutique. Ils sont faiblement toxiques, et ils ne sont pas addictifs, contrairement par exemple à l’alcool, qui est une drogue fortement toxique, fortement addictive, qui est de toutes les « drogues », la plus dangereuse pour soi et pour autrui, et qui est dépourvue de valeur thérapeutique.

Illustration issue de la publication scientifique « Drug harm in the UK, a multicriteria decision analysis », publiée dans le très sérieux Lancet. Les drogues sont classées par ordre de dangerosité pour les autres (« others ») en bleu clair, pour les utilisateurs (« users ») en bleu foncé.

Il existe aussi en France ce qu’on appelle la liberté d’expression, dont a fait usage par exemple le Dr Olivier Chambon, psychiatre français, qui a publié en 2007 un excellent livre sur le sujet : « La médecine psychédélique ». En France il est donc autorisé de parler des psychédéliques et de les présenter sous leur meilleur jour (thérapeutique). Si la chose était interdite, l’Etat devrait bloquer l’accès à toute information sur le sujet, que ce soit dans les librairies ou sur internet, et le livre du Dr Chambon serait condamné au pilon !

La problématique de l’utilisation des psychédéliques est aussi en lien avec le droit à disposer de notre corps et de notre conscience. En France, nous avons le droit de faire de l’alpinisme ou de boire un litre de vin tous les jours si ça nous chante, nous sommes sensés pouvoir disposer de notre corps, même pour faire des choses dangereuses, tant que cela ne nuit pas à autrui, ou du moins nous serions sensés pouvoir le faire dans une démocratie digne de ce nom.

En Europe, au Pays-Bas, il est possible d’acheter et de consommer des truffes psilocybe en toute légalité, il est aussi possible d’y faire des retraites « psychédéliques » : voir le site web de la Psychedelic Society.

Références :  Drug harm in the UK, a multicriteria decision analysis  ; article: Ayahuasca, dimethyltryptamine and psychosis, a systematic review of human ; livre : La médecine Psychédélique, du Dr Olivier Chambon.


Précautions d’emploi, contre-indications :

Comme pour tout médicament (aspirine, vaccin…), comme pour toute substance psychoactive (alcool, café…), il y a une « notice » à respecter pour réduire les risques liés à la consommation de psychédéliques/médecines sacrées. Ce sont des substances puissantes, à manier avec grande précaution.

– Contre-indications : éviter les mélanges avec d’autres substances, en particulier avec des médicaments, de l’alcool et d’autres substances psychoactives (à l’exception du chocolat noir bio ou du cacao bio).
On doit éviter de consommer ces substances quand on a des antécédents de psychose ou de troubles bipolaire (« mania », maniaco-dépression).

– Risques d’effets adverses: en particulier lorsqu’on néglige de respecter la « notice », les contre-indications, les bonnes conditions d’utilisation…: risque de « bad trip » (expérience difficile) et de stress post-traumatique. Risque de déclenchement d’épisode psychotique pour les personnes ayant des antécédents de psychose ou de troubles bipolaires.
Un bad trip peut être effrayant ou désorientant au point de générer également un comportement dangereux ou inapproprié: risque de défenestration, exhibitionnisme sur la voie publique…
Les psychédéliques sont susceptibles d’agir un peu à la façon d’un thérapeute qui nous confronte aux pires traumatismes psycho-émotionnels que nous ayons vécus, à tous ce que nous avons échoué à « digérer » par le passé (deuils, ruptures, échecs…), ce qui va avoir le même effet qu’une séance de psychothérapie intense et douloureuse, pendant laquelle on va beaucoup pleurer. Si un utilisateur vit un tel challenge émotionnel dans un cadre thérapeutique, il comprendra que c’est un mal pour un bien, que cela est sensé être transformateur, cathartique, comme une psychothérapie, alors que dans un cadre récréatif, l’utilisateur risque de ne rien comprendre du tout et de rester en détresse, plus ou moins traumatisé par l’expérience.

– Conditions d’utilisation, le « set & setting » :
il faut porter une grande attention à ce que les psychonautes (utilisateurs expérimentés) appellent en anglais le « set and setting », c’est à dire l’état d’esprit et le cadre d’utilisation dans lequel on utilise ces substances. Dans l’idéal, ces substances devraient être utilisées le plus près possible de la nature, soit en pleine nature, soit dans un logement à la campagne ou dans les bois, de plein pied, à bonne distance de la « civilisation », loin des pollutions électromagnétiques, au minimum dans un but thérapeutique, au calme, le soir, par une température clémente, dans un lieu silencieux, sans électricité ou avec l’électricité disjonctée et tous les objets connectés éteints ou mis en mode « avion », dans l’obscurité ou une certaine pénombre, ou avec un masque sur les yeux, dans un lieu sécurisé et familier, à jeun, sur des sols ou matériaux naturels: coton, tomettes en terre cuite, carrelage, laine, paillasse d’herbe, peau de mouton ou cuir, chaussures plein cuir (pas sur du synthétique: tapis de yoga ou de camping plastique, tapis de tente en plastique, lino, plancher flottant, matelas en polyester, baskets…!)…
Les psychédéliques fonctionnent en synergie avec les champs électromagnétiques natifs/naturels (ceux générés par la planète), donc ils fonctionnent au mieux lorsque le corps est 1° loin des pollutions électromagnétiques humaines, 2° à la terre sur le plan électrique, d’où l’importance de bien choisir des sols qui permettent la connexion à la terre (avec ou sans « substance », sur le plan énergétique, notre chakra « racine » a besoin de la mise à la terre pour pouvoir se développer!).
Voir d’autres recommandations dans mon article sur  « Le bad trip », le livre « The psychedelic explorer’s guide », de James Fadiman ; les interviews/conférence de Terence et Dennis McKenna sur youtube, les vidéos de Claude Traks et Laruène Dartillah , le site web et la chaîne youtube du Zendo Project https://www.zendoproject.org/

Certains chercheurs pensent qu’il faudrait réguler l’usage des psychédéliques et le restreindre drastiquement à un usage purement « clinique », dans les hôpitaux ou les cabinets de thérapeutes. Cela reviendrait à vouloir interdire l’usage traditionnel chamanique en Amazonie, au Mexique… Cela irait à l’encontre de nos libertés fondamentales : liberté religieuse et droit à disposer de notre corps et de notre conscience. Par ailleurs, les hôpitaux et cabinets de thérapeutes n’ont rien de « naturels », alors que le contact avec la nature est connu des utilisateurs expérimentés (comme les chamanes) pour fonctionner en synergie avec les psychédéliques : leur utilisation en immersion dans la nature tend à maximiser leurs effets thérapeutiques. Inversement, leur utilisation dans un cadre anti-naturel, en appartement, en ville, à un concert…, tendra à maximiser les risques d’effets adverses.

Ref: livre La médecine Psychédélique, du Dr Olivier Chambon, article: Potential Therapeutic Effects of Psilocybin…; chaussures plein cuir; vêtements en matières naturelles; literie en matières naturelles.


Le psilo, c’est quoi ?

Beaucoup de gens, même parmi les personnes passionnées de chamanisme, considèrent le psilo comme une substance purement récréative.
Pourtant, pour résumer, prendre des psilo à des fins récréatives, cela revient à prendre de l’ayahuasca à des fins récréatives !

Le champignon, ou la truffe, psilocybe contient de la psilocybine qui se dégrade en psilocine dans le corps. Nom chimique de la psilocine : 4-phosphoryloxy-N,N dimethyltryptamine. Ce « dymethyltryptamine » est plus communément appeler « DMT ».
La psilocybine appartient à la famille des tryptamines. C’est une forme oralement active de « DMT ». L’Ayahuasca appartient aussi à la famille des tryptamines, mais c’est un mélange de deux plantes: la Psychotria viridis, qui contient une forme oralement inactive de DMT, et le Banisteriopsis caapi, qui contient un inhibiteur de la mono-amine oxydase (IMAO), et qui rend le DMT oralement actif. L’ayahusaca est purgative, contrairement au psilocybe, qui aura tendance à ne générer des nausées, voir des vomissements, que s’il est mélangé à d’autres substances ou s’il est consommé en grande quantité.

La psilocybine, comme l’ayahuasca, fait parti des psychédéliques « sérotonergiques » : elle est un agoniste (activateur) de certains récepteurs à la sérotonine (entre autres). La sérotonine est immunomodulante, et elle est synthétisée et utilisée majoritairement dans les intestins, aussi il serait intéressant que des scientifiques se penchent sur les effets des psychédéliques sérotonergiques sur le système digestif et sur le système immunitaire !

Références : Classical hallucinogens as antidepressant ? A review of pharmacodynamics and putative roles ; Multiple receptors contribute to the behavioral effects of indolamine hallucinogenHypothesis: the psychedelic ayahuasca heals traumatic memories via Sigma 1 receptors-mediated epigenetic mnemonic process ;  A possibly sigma-1 receptor mediated role of dimethyltryptamine in tissue protection, regeneration, and immunity ; Psychedelics and immunomodulation: novel approaches and therapeutic opportunities  ;  Psychosomatic Medicine, Psychoneuroimmunology and Psychedelics ; livre :  Manifesting Minds (collectif d’auteurs) ; Vidéo : Joe Rogan – Mushrooms vs. DMT (avec Dennis McKenna)


Le psilo, qu’est-ce que ça fait ?

Comme tout psychédélique, il modifie les perceptions, l’humeur et le fonctionnement de la sphère cognitive.
L’effet d’une dose est transitoire, il dure en moyenne 4H. Savoir que l’effet est temporaire peut aider à mieux vivre l’expérience. Comme avec toute substance active, la puissance des effets dépend évidement de la dose.
Les personnes qui connaissent mal les psychédéliques ont tendance à parler de perceptions « altérées », d’altération de l’état de conscience. Les scientifiques spécialisés et les psychonautes préfèrent en général parler d’état de conscience modifié ou élargi, et de perceptions modifiées ou amplifiées.
La modification des perceptions entraîne la modification de l’état de conscience.
La conscience est une affaire de perceptions : nous sommes conscients de ce que nous percevons.
Les perceptions de la réalité sont modifiées, ce qui va être plus ou moins « dépaysant » (d’où l’idée de « voyage » chamanique), voir effrayant, en fonction de ce qu’on perçoit et de la façon dont on interprète ce qu’on perçoit.

La façon dont on interprète ce qu’on perçoit est une question de culture, de connaissances, d’expérience. Une personne qui prend des psilo pour la première fois pourra avoir la sensation qu’elle est attaquée par un mauvais esprit démoniaque, alors qu’un utilisateur averti comprendra que ce « mauvais esprit » qui le perturbe est le smartphone qu’il a dans sa poche ! Il suffira d’éteindre le smartphone et de le mettre à bonne distance pour faire disparaître le « mauvais esprit » ! Question d’interprétation !
Un catholique qui visualise un « serpent » pourra croire qu’il voit un démon, alors qu’un praticien de médecine ayurvédique interprétera ce serpent comme étant un « nadi » ou la kundalini.

Ce que les utilisateurs (ou médecins) appellent « hallucinations », générées par les psilo, est un terme souvent impropre. Les psilo provoquent moins des hallucinations au sens strict du terme, que des « visuels » et des modifications perceptives qui sont interprétées comme des « hallucinations ».
En réalité, les « visuels » se perçoivent beaucoup mieux les yeux fermés, ils sont intérieurs, « dans » la tête ! Ce sont des images de l’ordre de la visualisation, du rêve éveillé. C’est pour cette raison que, dans les études cliniques sur les psychédéliques, les expérimentateurs doivent souvent mettre un masque sur les yeux, pour être dans le noir total.
Quand vous vous souvenez du visage de quelqu’un que vous connaissez bien, que son visage « apparaît » dans votre tête, ce n’est pas une hallucination, c’est une « visualisation », et dans ce cas précis, un souvenir !
De la même façon, une mouche a des perceptions très différentes des vôtres, ce n’est pas pour autant qu’elle « hallucine » !
Stephan Beyer (PhD) raconte qu’il a bien eu ce qu’on appelle des « hallucinations » sous ayahuasca, mais il explique aussi que ce qu’une personne considère comme une hallucination dépend beaucoup de sa culture, de ce qu’elle considère comme « réel » ou pas. C’est en parti notre culture, nos croyances, nos connaissances qui déterminent la frontière entre « réel » et « irréel ».
Si vous considérez que les esprits des ancêtres existent, vous ne serez pas trop dépaysé si vous les « voyez » quand vous êtes sous l’effet d’un psychédélique. Vous considérez que le psychédélique vous permet de voir quelque chose qui existe mais que vous ne pouvez pas voir en temps normal, comme un microscope vous permet de voir des bactéries qu’on ne voit pas à l’œil nu en temps normal. Si vous considérez que la vie après la mort n’existe pas, que les défunts n’existent que sous la forme d’ossements dans les cimetières, alors leur apparition sera pour vous une « hallucination ».

Théorie personnelle actuelle : pour employer des termes de physique quantique, il se pourrait que les psychédéliques rendent plus sensible à l’onde qu’à la particule.
Il semblent élargir la portion du spectre électromagnétique et des ondes sonores que nous sommes capables de capter (ils rendent plus sensible au bruit, à la musique, à la lumière…).
Ils pourraient augmenter la puissance et modifier la fréquence de l’antenne-émetteur-récepteur que nous sommes (le corps est un semi-conducteur, autant biochimique que bioélectromagnétique: il émet un champ électromagnétique, des infrarouges, des biophotons…).
Ils pourraient accentuer le sens électromagnétique (qui pourrait être le 6ème sens).
Ils pourraient nous mettre dans une sorte d’état « quantique » : à la fois ici et « ailleurs ».
Ce qui serait cohérent avec l’importance de l’intention dans le cadre de l’utilisation des psychédéliques : en physique quantique, l’intention de l’observateur ou de l’expérimentateur influe sur le résultat de l’expérience.
En chamanisme, l’intention est ce qu’on appelle la prière.
Le monde des esprits avec lequel les chamanes entrent en contact pendant la transe (avec ou sans substance) est un monde interactif, « subtile» (électromagnétique plus que matériel/palpable), où l’intention et le son (chant, tambour, parole…), autrement dit les « vibrations » ou les « ondes » deviennent des leviers d’action plus puissants que des outils palpables.

Références : voir des articles/conférences sur la biologie quantique (quantum biology) par Jim Al Khalili, les conférences du Dr Jack Kruse sur youtube… ; articles: Psilocybine ; Humans may have a « magnetic » sixth sense  ; Fields in Electromagnetic Spectrum Emitted from Human Body. Applications in Medicine ; vidéo : Stephan Beyer, Ph.D. – “Ayahuasca, Cognitive Psychology, and the Ontology of Hallucination”


Pourquoi l’utiliser?

– D’après les scientifiques : pour traiter l’anxiété des personnes ayant une maladie en phase terminale (cancer…), la dépression, l’addiction au tabac et à l’alcool, pour accroître l’empathie, la conscience environnementale, le sens écologique, pour avoir des expériences spirituellement significatives, pour booster la créativité…

– D’après les chamanes : pour apprendre et pour guérir !
Les psilo, comme l’ayahuasca et les autres plantes sacrées, sont autant considérées comme des médecines que comme des enseignants, des esprits à part entière, avec leur personnalité, leur compétences (qui peuvent varier légèrement d’une variété à l’autre), qui permettent d’accéder à des informations auxquelles on ne peut pas accéder en temps normal : information sur le passé, le présent, le futur, échange d’informations avec les « esprits »…
Le chamane commerce avec les esprits dans l’intérêt de sa communauté, pour résoudre toutes sortes de problématiques (médicales, relationnelles…), pour apprendre, pour faire un travail d’harmonisation des corps, des lieux, des relations entre les vivants ou entre les vivants et les autres esprits, il se sert de certaines substances pour accéder à des perceptions/un état de conscience auquel il ne pourrait accéder autrement, pour faire un travail qu’il ne pourrait pas faire autrement, tout comme un chirurgien se sert d’un scalpel pour faire des choses qu’il ne pourrait pas faire sans scalpel.
En fonction des types de chamanisme, et en fonction des talents/aptitudes de chaque praticien, l’état de transe propice au travail avec les esprits peut être atteint de différentes façons, avec ou sans substance (voir l’exemple de Corine Sombrun, qui a appris à accéder à la transe via le tambour, puis sans tambour).
Toute fois, quand des personnes qui n’ont jamais essayé de travailler avec des médecines sacrées disent qu’elles font sans médecine le même travail qu’avec médecine, comment peuvent-elles être sûres qu’il s’agit du même travail, si elles n’ont pas d’éléments de comparaison ?!
Ce serait comme si un médecin affirmait que, sans scalpel, il fait le même travail qu’un chirurgien. Ca pourrait laisser sceptique !

Pour ce qui est du « sens écologique » – au cœur de la crise environnementale que l’humanité est en train de traverser, le psilo a tendance à rendre d’avantage « connecté », réceptif à l’environnement : il modifie les perceptions si bien qu’en fonction de la dose il peut, par exemple:
– rendre beaucoup plus sensible à la beauté de la nature,
– aider à ressentir « pour de vrai » que tout est vivant, que tous les éléments de la nature sont en relation (arbre, sol, atmosphère, rochers, animaux…), qu’ils communiquent entre eux de différentes façons à chaque instant, émettent et reçoivent de l’information (voir l’exemple des arbres qui communiquent entre eux et avec le mycelium),
– dissoudre momentanément les frontières de l’égo.
Dans le milieu des psychonautes, les fortes doses de psychédéliques ont la réputation de pouvoir générer une expérience appelée en anglais « ego death », la mort de l’égo, qui consiste à devenir « un » avec l’univers, avec la nature. Il n’y a plus de séparation entre nous et l’environnement : tout devient « un », uni, nous devenons la rivière, le ciel, la terre… Nous nous dissolvons dans le flot de la Vie, nous devenons le flot de la Vie. Il devient alors impossible de polluer une rivière, de jeter un déchet dans la nature sans avoir conscience que c’est notre propre corps que nous salissons.
Certains affirment que les psilo favorisent la déconnexion d’avec la réalité, qu’ils s’opposent à l’ancrage, à l’enracinement. Il se pourrait que ces personnes se laissent trop influencer par ce que les utilisateurs récréatifs disent des psilo: que cela les fait « tripper », ou « planer » ou « délirer ». Il faut alors se rappeler que l’intention avec laquelle les psilo sont consommés influe sur le résultat de l’expérience : si un utilisateur a l’intention de « tripper » ou de « s’envoyer en l’air » ou de « délirer » en prenant des champi, alors cette intention est bien susceptible de mener l’expérience vers « l’éclate », plutôt que vers le développement personnel/spirituel (qui inclut le développement de notre chakra « racine » et donc de notre enracinement). Les chamanes Mazatèques qui utilisent les champignons psilocybe de façon traditionnelle, eux, cherchent la guérison et des réponses à leurs questions – souvent des questions très terre à terre, ils vivent dans les montagnes, loin des villes, ils cultivent la terre, ils vivent dans des maisons très rudimentaires, en immersion dans la nature, au cœur des éléments. Dans ce genre d’environnement, si quelqu’un « plane », il ne survit pas longtemps ! Il est essentiel de travailler la terre pour pouvoir se nourrir, il faut savoir prendre soin de la nature et vivre à son rythme si l’on veut pouvoir manger. C’est un mode de vie extrêmement « enraciné », les deux pieds dans la terre. Ce sont les occidentaux qui ont tendance à « planer » loin des réalités de la nature, même sans substances, puisqu’ils n’ont jamais à se soucier de la façon dont on fait pousser une salade, dont on fabrique une chaussure et il leur suffit d’entrer dans un magasin à Paris pour pouvoir acheter une banane qui a poussé à 10 000km de là. C’est ce genre de mode de vie qui nourrit le « déracinement », la déconnexion d’avec la réalité, le manque d’ancrage et de pragmatisme. Pas besoin de substances pour « planer » et manquer d’ancrage et de sens des réalités, il suffit de vivre en ville !
Certains auteurs/chercheurs, comme Terence McKenna (célèbre ethnobotaniste et psychonaute américain, auteur du livre « la Nourriture des Dieux »), postulent que c’est parce que les occidentaux n’utilisent pas les médecines sacrées qu’ils sont autant anti-écologiques, déconnectés de la nature, de leur nature.
Un bon exemple des effets que peuvent produire les psilo se retrouve dans le Seigneur des Anneaux, de Tolkien, avec l’amour des Hobbits et des Elfes pour leur terre, la nature, la beauté des montagnes, des arbres ou des étoiles, etc… Dans une certaine mesure, on peut dire que les psilo peuvent « transformer » l’utilisateur en Hobbit ou en Elfe, en amoureux des clairs de lune, des jardins, des bêtes, en poète pour qui la nature est une source infinie d’inspiration et d’émerveillement, en païen ou en animiste pour qui les arbres ont un esprit, une personnalité et sont aussi vivants que les papillons ou les montagnes… Et c’est une drôle de coïncidence que les Hobbits soient de grands amateurs de… champignons!

Références: livres: Le serpent cosmique, de Jeremy Narby; La nourriture des Dieux, de Terence McKenna ; La médecine psychédélique, du Dr Olivier Chambon, voir aussi toutes les publications scientifiques qu’on peut trouver sur pubmed ou google scholar avec les termes « psilocybin depression » ou « psilocybin empathy », ou « psilocybin addiction » ou « psilocybin environment »… Exemple : Lifetime experience with (classic) psychedelics predicts pro-environmental behavior through an increase in nature relatedness ; articles: « le traitement trippant« , « Médecine psychédélique »: des résultats « stupéfiants », vidéo: The purpose of ayahuasca may not be what you think; site web: maps.org.

 

Les cadre d’utilisations : récréatif, thérapeutique, chamanique

Comme on l’a déjà vu, les effets des psychédéliques dépendent non seulement de l’environnement dans lequel ils sont utilisés mais aussi de l’intention de l’utilisateur.
Il existe trois grandes catégories de cadre d’utilisation des psilo:

– cadre récréatif, égo-centré : Pour le fun, pour « tripper », « planer », à une fête, à un concert, etc… C’est un cadre qui maximise les risques d’effets adverses. D’un point de vue chamanique, ce cadre d’utilisation est une offense à la médecine sacrée. C’est comme d’essayer de monter sur un cheval sauvage « pour le fun ». Ça expose à de mauvaises surprises, à des retours de bâtons.

– cadre thérapeutique, égo-centré : c’est le cadre des études cliniques qui visent à étudier l’efficacité des psychédéliques pour le traitement de la dépression, de l’anxiété, des addictions…

Une session thérapeutique à la John Hopkins University: l’utilisateur est allongé, avec des écouteurs sur les oreilles, un masque de sommeil sur les yeux, et deux thérapeutes veillent à ce que tout se passe bien.

Qu’on participe à une étude clinique ou bien que l’on soit un utilisateur autonome, autodidacte, seul chez soi, l’intention est alors dirigée sur un problème de santé précis (problème psychologique ou physiologique), sur la volonté de guérir, sur la guérison au sens très large du terme (physique, psychologique, spirituel).
Dans ce cadre, certains utilisent des micro-doses de psychédéliques (une micro-dose 2 ou 3 fois par semaine, dose sans effets « psychédéliques ») pour traiter leur dépression, leur anxiété sociale, leur algie vasculaire de la face/céphalée de Horton…
On peut considérer que ce cadre inclue l’amélioration de la créativité des artistes, des scientifiques…, à la quête de solutions pratiques à un problème donné et qui utilisent les psilo (ou d’autres psychédéliques) à diverses doses pour booster leur créativité.
On pourrait ainsi par exemple imaginer que des politiciens utilisent des psychédéliques dans ce cadre pour trouver des solutions innovantes à la crise environnementale actuelle !
C’est aussi un cadre d’utilisation proche du cadre « McKennien », celui rendu populaire par Terence McKenna : « in silent darkness » (« dans l’obscurité silencieuse »), qui consiste à utiliser les psilo dans un lieu familier et sécurisé, dans l’obscurité, le silence et la solitude, à des fins d’auto-analyse, d’exploration psycho-spirituelles…

– cadre chamanique, centré sur la Vie : La frontière entre le cadre thérapeutique et le cadre chamanique peut être assez floue. Dans une certaine mesure, il est possible de « chamaniser » le cadre thérapeutique, afin de maximiser les effets spirituels de l’expérience psychédélique et de la sécuriser au maximum (purification des lieux, prière de protection, demande de guidance aux esprits bienveillants…).
Mais le cadre chamanique implique en principe de tourner l’intention et l’attention vers la communauté au sens large, vers la Vie: l’utilisateur cesse de travailler uniquement pour lui-même, il passe au travail au service de son environnement au sens large, à un travail d’harmonisation de sa relation aux choses, aux êtres, aux « esprits » qui l’entourent (ancêtres, arbres, plantes, animaux, matériaux…), puis à terme à un travail au service de sa communauté à proprement parlé.
Il est probable que pour pouvoir travailler avec les psychédéliques dans ce cadre, il soit nécessaire de les avoir d’abord utilisés dans un cadre thérapeutique. Avant de devenir un chamane à part entière, un apprenti va d’abord utiliser les médecines sacrées pour se soigner lui-même, pour harmoniser, optimiser son propre fonctionnement, son corps et son esprit.
Ensuite, il pourra « chamaniser » à proprement parlé, et commencer à travailler pour sa communauté.
Un psychonaute qui aurait déjà une bonne expérience du cadre thérapeutique pourrait explorer les diverses possibilités de travail avec les psychédéliques dans le cadre chamanique, en commençant par exemple par tourner son attention sur son environnement immédiat, pour aller à la rencontre des « esprits » qui l’entourent : les plantes, les matériaux (synthétiques/naturels), les esprits des lieux, les esprits des ancêtres, le sol (le « vrai » sol naturel, la terre, pas le lino ni le plancher flottant!!), les phénomènes cosmo-telluriques, les arbres, les animaux familiers…
A mon sens, la géobiologie offre de bons exemples du travail qu’il pourrait être possible de réaliser avec les psychédéliques.
Ce cadre d’utilisation nécessite la mise en place d’une « cérémonie », d’un rituel à part entière. Une cérémonie peut être relativement simple, mais elle se doit d’être un minimum construite, organisée.

 

Comment utiliser les psilo dans un cadre chamanique, comment faire une cérémonie ?

Pour se faire une idée sur le sujet, avant tout, il faut lire, lire, et lire encore !!! Écouter des conférences et des documentaires sur youtube fonctionne aussi ! Mais avant tout, c’est à chacun de se s’informer, via les références mentionnées dans cet article et bien d’autres encore !

Les chamanes Mazatèques, au Mexique, font parti de ceux qui travaillent avec les champignons (surnommés « enfants » ou les « saints-enfants »  : « children », ou « holy children »), et il est possible de trouver des articles ou des conférences et documentaires sur le sujet sur internet. Gordon et Valentina Wasson ont rendu célèbre la chamane Mazatèque Maria Sabina dans les années 1950. Une des meilleures sources d’information sur sa façon de travailler est le documentaire ci-dessous :

Elle purifiait les champignons en les passant dans la fumée d’un encens (copal) avant de les consommer, les personnes qui la consultaient en consommaient aussi. Les cérémonies se tenaient le soir, à la lumière des bougies, à même le sol, devant un petit autel, chez Maria Sabina, qui vivait dans les montagnes mexicaines, dans une maison rudimentaire avec un sol en terre battue.
1H00’21 : « Quand les enfants travaillent à l’intérieur de mon corps, je prie et je demande à dieu qu’ils m’aident à soigner. Je me rapproche de la personne malade. Les saints [les champignons] guident mes mains pour appuyer et masser là où il y a de la douleur. »
On notera, entre autre, que le copal est un encens local pour les mexicains, un européen pourrait aussi bien utiliser un autre encens européen, comme de la sauge ou de la résine de sapin. Sur l’autel de Maria Sabina, on trouvait des images religieuses catholiques (les Mazatèques ont appris à déguiser et protéger leur foi traditionnelle pré-chrétienne, en échangeant les noms de leurs anciens dieux contre les noms des saints chrétiens). Un européen pourrait préférer utiliser des images d’autres religions plus anciennes (mythologie celtique, scandinave…), ou simplement des objets évoquant la nature (cristaux, fleurs…).
Quand les psychonautes expérimentés recommandent de consommer les psilo au plus près possible de la nature, une telle maison, avec un sol en terre battue, dans les montagnes, loin des villes, sans électricité, est une bonne illustration de ce que cela peut signifier.
Une autre guérisseuse Mazatèque, Natalia Martinez (photo en tête d’article), est présentée dans le documentaire The Little Saints, par Oliver Quintanilla. D’après elle, la technique occidentale consistant à prendre les champignons puis à s’allonger dans le noir, en fermant les yeux et en se laissant guider par de la musique, est la méthode « feignante » qui ne permet pas au plein potentiel des champignons de se manifester. Elle conseille à ses élèves de maintenir leur attention sur l’autel (bougies et images religieuses) pendant toute la durée de la « velada » (cérémonie). C’est un entraînement de l’attention nécessaire à l’apprentissage de l’art de diriger l’expérience et de travailler avec ce que les champignons présentent à l’esprit focalisé (source: Mycotopia).

Un praticien pourrait souhaiter étoffer ou personnaliser un tel « set and setting », et tenter l’expérience de la création d’une cérémonie « européenne », plus personnelle.
Pour cela, plusieurs pistes pourraient être explorées :

Puisque l’ayhuasca et la psilocybine appartiennent toutes deux à la famille des tryptamines, il pourrait être envisageable, dans une certaine mesure, de transposer les méthodes de travail avec l’ayahuasca, au travail avec le psilo.
Comme le chamane Mazatèque, le chamane amazonien fait un travail, pas un « voyage » tous frais payés ! Il ne se contente pas de prendre une substance et d’attendre que tout arrive.
Pendant une cérémonie d’Ayahuasca, pendant qu’un touriste occidental reste à vomir ses tripes, puis allongé par terre, incapable de faire quoi que ce soit, submergé par l’expérience, le chamane, qui lui aussi a pris de l’ayahusca, reste actif et alerte. Il va de l’un à l’autre de ses « patients », il chante…, il veille au bon déroulement de la cérémonie. Il n’accède pas à un tel niveau de maîtrise du jour au lendemain. Cela lui demande de longues années d’entraînement, d’apprentissage, cela nécessite de considérer la substance comme un esprit à part entière, un enseignant, un esprit-allié, comme une sorte de coéquipier très puissant avec lequel il faut tisser une relation respectueuse pour que le praticien et la substance puissent faire ensemble un travail correct, de la même façon que le travail avec un cheval de trait, par exemple pour débarder du bois en forêt, nécessite une fine entente entre l’être humain qui mène le travail, et le cheval qui fournit la force motrice. Il s’agit d’une coopération. Prendre un psychédélique sans aucune intention, ou en pensant qu’il suffit de lui laisser faire tout le travail, cela revient à monter sur un cheval sans avoir aucune intention, en le laissant libre d’aller ou bon lui chante. Si le cheval est relativement placide, vous pourrez peut-être rester sur son dos toute la journée, alors qu’il déambulera dans son champs pour brouter ici ou là, ou bien il s’agira d’un cheval qui n’aime guère être monté pour rien, et vous vous retrouverez vite par terre.

Il est aussi intéressant d’observer le cadre dans lequel est utilisée l’ayahuasca de façon traditionnelle : au fin fond de la jungle, loin de la civilisation, en contact direct avec la nature, au calme, le soir, dans l’obscurité de la nuit, sous un climat tropical dont la température est toujours relativement douce, dans des constructions réalisées en matériaux naturels, dont le sol est en terre battue ou en simple plancher en bois, dans des lieux où il n’y a souvent pas d’électricité… On peut aussi observer l’alimentation proposée dans les centres de retraite d’ayahuasca : souvent de type « anti-inflammatoire » (proche du régime paléolithique), à base de riz, de légumes, d’un peu de poisson, sans graisses ni condiments, ni sucre… Cela permet d’affiner les recommandations de bases qui sont faites aux utilisateurs de psychédéliques et d’aller un peu plus loin que « les prendre à jeun, aussi près de la nature que possible ».

La question de l’apprentissage de la maîtrise de l’expérience afin de la transformer en véritable travail nécessite forcément d’apprendre à doser la substance, d’apprendre à choisir soigneusement le « set and setting », le lieu, l’état d’esprit, l’intention à mettre au cœur de la cérémonie. Pour le praticien, il s’agit d’apprendre à se connaître, à connaître sa sensibilité à la substance, d’apprendre à connaître son corps autant que l’environnement, avec l’aide de la substance.
Certaines personnes peuvent avoir peur de consommer des psilo parce qu’elles ont « peur de perdre le contrôle », c’est la même chose que d’avoir peur de boire de l’alcool par peur de « perdre le contrôle », alors qu’un consommateur d’alcool expérimenté, non-alcoolique, peut avoir la maîtrise de sa consommation : il connaît ses limites pour les avoir éprouvées, il sait bien quelle quantité d’alcool il peut boire, quels effets en attendre, et dans quelles circonstances il peut en boire, si bien qu’il évitera de boire 1L de vin en compagnie de son patron, et que s’il partage parfois une bouteille de vin en compagnie d’un ami, il ne boira probablement jamais la même quantité de rhum, même avec un ami. La maîtrise de l’effet des psilo est tout autant possible, c’est une question d’apprentissage.

Il s’agit aussi d’apprendre à interpréter correctement ce qui est perçu grâce aux médecines. Il ne s’agit pas de prendre tout ce qui passe par la tête pour argent comptant. Il faut être conscient que c’est la sphère cognitive qui traduit un stimuli sensoriel en image, au mieux de ses possibilités, avec le stock d’images qu’elle a à disposition dans sa « bibliothèque » de connaissances. Plus le praticien a des connaissances étendues et variées, plus il peut gagner en finesse d’interprétation.
Les médecines traditionnelles à travers le monde, comme l’Ayurveda et la médecine traditionnelle chinoise, qui plongent leurs racines dans des traditions chamaniques très anciennes, pourraient fort bien avoir été crées avec l’aide des psychédéliques. Dans le cas de l’Ayurveda, c’est ce que laisse supposer par exemple la mention d’un mystérieux « soma », un breuvage aux propriétés extraordinaires, dans les Veda hindoues. Ces médecines traditionnelles, qui mettent une forte emphase sur le fonctionnement énergétique/électromagnétique du corps humain, pourraient à présent fournir des informations utiles à la bonne interprétation des phénomènes « subtiles » perçus grâce aux médecines sacrées (notions de méridiens, de nadis, de point d’acupuncture, d’énergétique, de chakras, de « chi » céleste et de chi terrestre, etc….).
Les médecines traditionnelles sont associées à des pratiques telles que le yoga ou le qi-gong, le feng shui et le vastu sastra, qui faisaient peut-être parti à l’origine d’une grande pratique chamanique très complexe (connaissances anatomiques et spirituelles, utilisation de plantes médicinales, activités physiques, respiratoires, méditation, arts martiaux, massage, harmonisation des lieux, travail avec les phénomènes cosmo-telluriques…). Ainsi, le yoga ou le qi-gong pourraient fonctionner en synergie avec les psychédéliques et les psychédéliques pourraient permettre de mieux en comprendre l’utilité (en amplifiant les effets générées par ces pratiques). C’est du moins ce que suggèrent certains témoignages de psychonautes qui associent la consommation de psychédéliques à la pratique des mudras, du yoga, du taï-chi… En France, la géobiologie est l’équivalent du feng shui asiatique et du vastu sastra hindou, elle pourrait aussi donner des pistes de compréhension et des exemples du travail qui peut être fait dans un état de conscience élargi (harmonisation des lieux, purification, bénédiction…).
Dans le milieu de la spiritualité et de « l’énergétique » occidentales, beaucoup de gens croient que les « anciens » ont créé ces médecines traditionnelles et toutes ces techniques « énergétiques » grâce à des perceptions plus fines que les nôtres, perceptions qui se seraient émoussées au fil des générations, érodées sous l’effet d’un mode de vie de plus en plus anti-naturel. Les créateurs de ces arts ancestraux ont tendance à être vus comme des super héros dotés de super pouvoirs. Mais il est tout autant possible que ces « anciens » se soient servis de ce qu’on appelle maintenant les psychédéliques, qu’ils les aient considérés comme des médecines sacrées et qu’ils s’en soient servi de façon très pragmatique, comme d’un outil très précieux. Les lois qui diabolisent les psychédéliques en Occident sont très récentes, qui sait quel statut elles avaient réellement ici ou ailleurs il y a 5000 ans ?

On pourra nous dire que tout cela est absurde, qu’il n’y a aucune preuve que les psilo aient jamais été utilisés dans un cadre chamanique en Europe et que toutes ces théories fumeuses sur la possibilité d’utiliser ces substances de cette façon de nos jours, en Occident, ne sont que de l’appropriation culturelle.
Appropriation ou ré-appropriation ?
Avant d’essayer d’éradiquer le chamanisme en Amérique du Sud, les européens l’avaient probablement soigneusement éradiqué chez eux, les femmes qui ont été brûlées sur les bûchers n’étaient pas que des « sage-femmes », accoucheuses, herboristes ou avorteuses des campagnes. Il est fort probable que certaines aient été des guérisseuses, héritières d’une pratique chamanique très ancienne.
En Scandinavie, dans les textes historiques (Edda), comme dans de nombreuses autres régions d’Europe, il y a par exemple bien la mention d’un « hydromel » (« mead », en anglais), dont la recette reste mystérieuse , avec des mentions récurrentes d’une jeune femme à l’hydromel, qui offre ce breuvage dans une corne de vache (voir le travail de Maria Kvilhaug : « The maiden and the mead »). Terence McKenna, à la mention de l’hydromel et de la corne de vache, aurait probablement suggéré que la vénération de la vache et de ses attributs par de nombreux peuples, était liée à la survivance de pratiques chamaniques associées au psilo, que l’omniprésence de la vache dans de très anciennes pratiques chamaniques serait liée au fait que les psilo poussent souvent dans des prés pâturés par des bovins (pas de vache, pas de médecine sacrée!), qu’ils ont même la réputation de pousser plus volontiers dans les bouses de vaches et qu’ainsi cette forme de chamanisme va toujours de paire avec la vache. Et il est bel et bien possible de faire un « thé » avec les psilo, il est aussi possible de les conserver dans du miel, et l’hydromel est une boisson à base de miel…

Soit dit en passant, il y a tout de même une critique majeure qui peut être formulée à l’encontre de Terence McKenna, c’est qu’il a rendu populaire un cadre d’utilisation – dont s’inspire beaucoup la recherche clinique actuelle, un cadre relativement égo-centré, un cadre individualiste, que l’on pourrait qualifier de typiquement « américain » : il a popularisé l’utilisation des champignons à de fortes doses (des doses « héroïques », façon Super Man !), en solitaire (Super Man!), dans l’obscurité et le silence, à des fins d’exploration psycho-spirituelles qui relèvent plus ou moins du voyage touristique intello-baba-cool en Inde, ou de l’aventure façon Indiana Jones, bien plus que d’un travail au service de la communauté. Et qui plus est, sans insister sur l’importance du contact avec la nature : « (…) avec aussi peu de compagnie que possible (…), je n’aime pas les groupes en général, je suis un solitaire (…), les choses sérieuses se passent dans l’obscurité, dans le silence (…), dans un lieu confortable, et cela peut être votre appartement à Manhattan ou ça peut être dans un arbre dans le Parc Yosemite, en fonction de vos préférences ». (How to use psychedelics / psilocybin / magic mushrooms remastered [harm reduction] (Terence Mckenna) (de 10’45 à 12’10)).
La masse d’information qu’il a mise à la disposition de la communauté est un grand service rendu en soi, cependant son approche reste différente du travail qui peut être accompli dans un cadre chamanique, au service de la communauté, au service de la Vie au sens non-égocentré du terme. Aujourd’hui, les psychonautes qui se contentent de suivre son exemple ne semblent pas chercher à travailler avec leurs ancêtres, à leur demander conseil, protection, pardon ou bénédiction, ni à communiquer avec les plantes médicinales, les arbres, les animaux ou avec le sol pour apprendre d’eux, pour en faire des esprits-alliés, des coéquipiers d’un travail au service de la Vie, ils se contentent de rester allongés dans le noir et de contempler le « show ». Et pendant ce temps, la Vie s’effondre tout autour d’eux sur Terre…
L’ex-épouse de feu Terence McKenna, Kathleen Harrison, également éthnobotaniste parle, elle, du « travail » spirituel que permettent de faire les médecines sacrées, elle ose parler de leur utilisation dans le cadre de « cérémonies psychédéliques », elle parle du travail avec les esprits-alliées, de la prière, des rituels, du cercle, de guérison à distance, etc… C’est une approche nettement plus pragmatique que celle de son ex-époux. Dommage que la communauté psychédélique diffuse si peu son travail. On qualifie souvent Terence McKenna de « néo-chamane », mais à mon sens il faisait essentiellement un travail d’exploration de la psyché et, potentiellement, un travail thérapeutique personnel. Le néo-chamane de la famille McKenna, dont le travail est tourné vers la communauté et la Vie au sens large, serait d’avantage Kathleen Harrison (voir entre autre Kathleen « Kat » Harrison — Weaving Modern Ritual).

On pourrait donc imaginer des cérémonies « reconstruites » d’une part sur la base des cérémonies d’ayahuasca amazoniennes et des cérémonies avec champignons Mazatèques, et d’autre part sur la base des traces qui subsistent de la tradition des « sorcières » d’Europe, qu’on retrouve en morceaux épars dans la Wicca, le paganisme, la magie, la géobiologie, la tradition Seidr… : l’utilisation d’un feu rituel, le cercle, l’importance des 4 directions, des éléments, les invocations, les offrandes, l’autel, le bâton de la tradition Seidr ou les « baguettes » du sourcier, les notions de « dragons » qui pourraient être des phénomènes cosmo-telluriques, etc… Le chamanisme étant une pratique commune à toute l’humanité à travers le monde et à travers les âges, d’autres traditions pourraient être sources d’inspiration, comme les traditions des Natifs d’Amérique du Nord, avec des notions telle que la « medicine wheel », l’importance des esprits des ancêtres, des « grandfathers » et des « grandmothers », de la plume de rapace, de la bénédiction, etc…
Et garder à l’esprit que la médecine sacrée elle-même est considérée par le chamane comme une enseignante, sensée pouvoir guider le praticien dans la construction même de sa pratique. Les chamanes nous apprennent aussi que c’est toute la nature qui enseigne, que le sol autant que l’atmosphère, les rochers, les montagnes, les arbres, les animaux…, sont riches d’enseignements, en d’autres termes que c’est toute la planète, tout l’environnement qui contient, qui stocke et diffuse de l’information sous différentes formes, et que les médecines sacrées permettent de se connecter à cette source d’information, pour peu que le praticien tourne son attention et son intention vers elle.
Et si certains peuples que nous considérons comme « primitifs » ont des connaissances parfois très pointues en astronomie, cela pourrait s’expliquer par le fait que notre planète, elle-même, peut être considérée comme un radiotélescope géant et qu’une fois que le praticien est devenu hyperperceptif grâce aux psychédéliques, il pourrait devenir capable de se connecter à ce radiotélescope et à toutes les informations qu’ils capte…
Imaginons que la Terre puisse ainsi capter, stocker et diffuser de l’information, de l’information – comme tout être vivant! et que le praticien puisse accéder à cette information en se connectant à elle, alors il se pourrait que la structure et les outils de la cérémonie aient été pour ainsi dire encryptés dans la mémoire de la Terre, comme un fossile dans la roche et que cette structure et le mode d’emploi de ces outils puissent être retrouvés via la transe chamanique, via une forme d’archéologie chamanique, un peu comme un paléontologue retrouve la façon de fabriquer un outil en silex, non pas dans les livres, mais en fabriquant lui-même des outils en silex.
Cette idée de l’existence d’un champ d’informations « subtile » a été popularisée par Rupert Sheldrake, avec le concept de « champ morphique» (« champ générateur de forme »). Sheldrake et Terence McKenna étaient amis. Une partie de leurs discussions sont disponibles sur le site de Rupert Sheldrake (voir la rubrique « audio », les « trialogues » entre Shelrake, McKenna et Abraham).
D’après ce concept de champ morphique, la mémoire est inhérente à la nature : « les systèmes naturels, tels que des colonies de termites, des pigeons, des orchidées, des molécules d’insuline héritent d’une mémoire collective renfermant tous les phénomènes concernant leur espèce, aussi distants soient-ils dans l’espace et dans le temps (…),  les champs morphiques ne disparaissent pas : ce sont des schèmes d’influence organisateurs potentiels, susceptibles de se manifester à nouveau, en d’autres temps, et d’autres lieux, partout où et à chaque fois que les conditions physiques sont appropriées. » (Sheldrake, Champs morphogénétiques : La mémoire de l’univers ). Ainsi, si la cérémonie chamanique est considérée comme un comportement inhérent à l’humanité (des cérémonies chamaniques ont existé à travers le monde, depuis la nuit des temps), comme un comportement appartenant à une mémoire ancestrale collective, alors elle serait susceptible de se reconstituer, d’émerger de cet océan de mémoire, de se « cristalliser » en présence de conditions propices, en présence des bons « outils » et de la « bonne » intention.
Et comme le dit Romuald Leterrier, quand on fait des expériences de « type chamanique », « c’est bien d’avoir une intention qui soit en phase avec la Vie, et ça c’est fondamental. » (Romuald Leterrier – Recevoir des informations du futur grâce aux synchronicités (21’03)).
Exemple de prière/intention pouvant être mise au cœur d’une cérémonie :

« Je demande à être libéré de tout ce qui entrave la Vie en moi et autour de moi ».

Pour « aller plus loin », on peut consulter toutes les références déjà citées, et bien d’autres encore, comme les conférences et interviews de Romuald Leterrier, de Maria Kvilhaug, les chaînes youtube de Lyra Ceoltoir , d’Arnaud Thuly, de Totem Turquoiseau , de Phillipe JM Morel , le site web Erowid ; livre : « Le Serpent cosmique », de Jeremy Narby (et ses interviews/conférences sur youtube), le « Journal d’une apprentie chamane », de Corine Sombrun (et ses interviews/conférences sur youtube), les interviews/conférences de Kilindi Iyi, comme celle-ci : John Vallis #20: Kilindi Iyi – Martial Arts and Psychedelics  , etc….

Quelques personnes partagent, en vidéo, leur conception d’une cérémonie avec les champignons :

Claude Traks & Laurène Dartiailh 2017 – 6/21 – Psycho Chamanisme – Comment Faire Une Cérémonie?

Kathleen « Kat » Harrison — Weaving Modern Ritual

Mushroom Wisdom with Shonagh Home – Creating a Ritual Context

Mushroom Medicine ceremonies ; prayer

Christmas Eve Mushroom Ceremony (the REAL story of Christmas)

How To Ceremony with Psilocybin Mushrooms | Psychedelic Spirituality

Réf. : Livre: La nourriture des dieux, de Terence McKenna, La médecine de l’habitat, de Jacques La Maya; Articles: Interview de Terence McKenna par Gracie & Zarkov  ; The Sacred Drink and Other Links Between Indian, Iranian, Greek, Celtic and Norse Mythology ; Entheogens (Psychedelic Drugs) and Shamanism; PSYCHOACTIVE BOTANICALS IN RITUAL, RELIGION, AND SHAMANISMChamps morphogénétiques : La mémoire de l’univers ; Retour de la Völva, Reconstruction de la pratique du seidh ;
vidéos: The Rig Veda and Soma – Terence McKenna  ; Rupert Sheldrake on Terence McKenna ;
Rupert Sheldrake : L’intelligence évolutionnaire ; Sacred Mead of Poetry: What was in it and what did it mean?  ; AYAHUASCA vs MUSHROOMS – Dennis McKenna on DMT & Psilocybin ; Kathleen Harrison, the importance of ceremony, Rupert Sheldrake – Psychedelic Experience And Morphic Resonance.


Conclusion :

Récemment, la Société Psychédélique Française, jeune association créée par des chercheurs français, a publié sur sa page facebook un extrait de l’article « Médecines. Bientôt tous sous substances psychédéliques ? » , du Monde des Religions (numéro n°94 de mars-avril 2019) dans lequel on peut lire : « Alors que la recherche psychiatrique sur les molécules hallucinogènes connaît une renaissance fulgurante dans le monde, la France s’y met tout juste. La dimension mystique de certaines expériences gêne notre culture « cartésienne ».
C’est le monde à l’envers !
Si notre société était réellement cartésienne, rationnelle, logique, ses lois seraient basées sur la science, pas sur des préjugés moyenâgeux.
Si nous étions cartésiens, nous ne détruirions pas la nature, la vie, comme nous le faisons, puisque cela revient à détruire notre maison à coups de hache, cela revient à se tirer des balles dans le pieds.
Les peuples « premiers », qui considèrent les psychédéliques comme des médecines sacrées et qui en font un usage chamanique, vivent en harmonie avec la nature depuis des millénaires. Ils savent en général chasser, pêcher, cueillir et cultiver leur nourriture, se soigner, vivre des ressources de la nature sans les épuiser…, ils ont les deux pieds ancrés dans la terre, alors que les Occidentaux détruisent tout autour d’eux comme des enfants en bas-âge… Et ce serait les peuples premiers qui « planeraient » et nous les « cartésiens » ?!? Cherchez l’erreur !

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Chamanisme – Seidr – Le bâton

Parfois je fais des vidéos…

Parfois je fais des trucs de ouf…

Parfois, en me lisant, les gens ont l’impression qu’ils savent beaucoup de choses de moi, vu la masse de trucs que je raconte, mais en fait, non, il y a une sacrée marge…

Le lien vers ma chaîne youtube.

 

Seidr – Le chamane et la punk


Cheers! A la bonne votre!
Croquis d’une amulette, femme avec une corne à boire, via le site de Maria Kvilhaug.

 

Extrait d’un échange avec un correspondant:

Moi: (…) « De mon côté mon déménagement/emménagement dans le Morvan est plein de surprises et de rebondissements et de retards en tous genres.
C’est « compliqué » de faire remettre le téléphone, c’est « compliqué » de trouver un plombier, etc…. Je vais finir par m’auto-nommer chamane rien que pour pouvoir me désenvoûter moi-même, parce que ça finit par être un peu pénible, « lol »! »

Lui:  » On ne peut se proclamer soi même chaman… »

Moi: « Je sais bien qu’on ne se proclame pas soi-même « chamane », c’était une boutade! 😉

Quoi qu’à vrai dire, entre ce que je lis de la tradition chamanique scandinave (le Seidr, qui remonte à une époque pré-Viking) depuis quelques mois, et les informations sur lesquelles je tombe dans le cadre de ma pratique, je commence à me poser des questions.
Après tout, c’est potentiellement très occidental (donc biaisé), très propre au patriarcat, de décréter qu’une fonction ne peut s’acquérir et se pratiquer que si elle a été dûment transmise et validée par une autorité. Ex: on est médecin uniquement si l’on a fait des études de médecine et obtenu le diplôme. Mon opinion en matière de médecine sera considérée comme nulle et non avenue, parce que je n’ai pas le bon diplôme.
Récemment un psychiatre spécialisé en autisme (le Dr N., à E.) m’a écrit pour me complimenter sur mon mémoire de naturo, que j’ai consacré à l’autisme, en me demandant s’il peut le partager sur son site pro. De la part d’un médecin, c’est une démarche extrêmement inhabituelle, atypique (qui fait chaud au coeur) et qui me conforte dans l’idée qu’on peut acquérir des connaissances (et compétences) très valables, hors cursus « académique », sans avoir eu le « bon » prof, sans avoir obtenu la bonne « validation ».
D’après les informations qu’on a sur le Seidr (textes historiques appuyés par quelques découvertes archéologiques, ex: http://freya.theladyofthelabyrinth.com/?page_id=258 ), certains pensent que la praticienne du Seidr (pas toujours une femme mais souvent) était considérée comme une sorte de réincarnation de la praticienne originelle, ou bien comme une émanation d’elle. On pourrait dire que la fonction était considérée comme pré-existante à tout apprentissage et qu’elle se transmettait un peu comme un gêne ou un virus se transmet, mais en se dupliquant autrement que les gênes et virus, d’une façon qui échappe à nos perceptions ordinaires, à travers l’espace-temps. Par exemple, les textes (les Edda) racontent que la praticienne (völva) se « souvient » de temps immémoriaux. Elle pouvait avoir 50 ans et se « souvenir » de choses qui s’était produites des centaines d’années auparavant. Elle pouvait  « voir » le passé comme l’avenir, comme si elle y avait été, sans y avoir été, et après tout, parait que le temps est un truc « relatif »…
Après tout, la fonction chamanique n’est absolument pas propre à une culture, elle semble propre à l’humanité, un peu comme si elle n’avait demandé à personne la permission de se créer, de se perfectionner au fil du temps et de se transmettre, comme si elle n’avait absolument pas besoin de diplôme ni de professeur humain pour exister et pour se transmettre à travers les âges et par delà les océans.
Dans la tradition Seidr, c’est la déesse Freyja qui fait office de première praticienne, d’aïeule universelle à toutes les praticiennes humaines. Une déesse n’a pas besoin de la permission de quelqu’un pour créer quelque chose ni pour le transmettre à qui bon lui chante. Elle ne délivre pas de diplôme. Elle est un peu une punk, du point de vue du patriarcat.
Et je commence à avoir la nette sensation que des choses préexistent, encryptées quelque part, peut-être dans la « mémoire « de la Terre, dans son champ électromagnétique, que sais-je…, de l’information est là à disposition, pour qui sait y accéder (via la transe et les différentes méthodes pour y accéder).
Et dans la société patriarcale actuelle, c’est pile poil ton rôle de mec diplômé de me dire « nan, t’as pas le droit de… »! (re-boutade).
Alors que d’après mon expérience de femme punk non-diplômée, la cérémonie chamanique (autant que la fonction, forcément) semble bel et bien préexister, exister à travers l’espace-temps, sans l’autorisation de personne, et elle est pour ainsi dire en licence « creative commons » (sans copyrights). On la retrouve façon puzzle dans l’imaginaire collectif (l’inconscient collectif de Jung), avec le bâton de sorcier de Gandalf ou le « haut siège » de l’Amon Hen sur lequel s’assoit Frodon à la fin de la Communauté de l’Anneau, dans le Seigneur des Anneaux (Tolkien était un grand fan des Edda, des langues et de la mythologie scandinave) , la baguette magique d’Harry Potter, les fantômes des films fantastique…
Et c’est bien embêtant quand on tombe sur certaines « informations » (ou information potentielle, en fonction de l’interprétation qu’on en fait) pendant une cérémonie et qu’on ne peut pas la vérifier parce que poser certaines questions par email serait franchement inconvenant.
Aux USA (entre autre), il y a des études cliniques qui sont menées sur le potentiel thérapeutique des psychédéliques, entre autre dans le cadre de la fin de vie, particulièrement en cas de cancer en phase terminale. Les patients qui ont participé aux essais cliniques racontent que c’est comme de faire 20 ans de thérapie en l’espace de 2 ou 3 sessions (dans un cadre thérapeutique bien défini, non récréatif!). L’étude en question a été menée avec de la psilocybine: http://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/0269881116675513
J’ai cru remarquer que, en occident, les gens qui se consacrent à « l’esprit » ont tendance à laisser leur corps en arrière, à considérer que ce n’est qu’un vaisseau, une coquille de noix, et même quand ils s’intéressent aux médecines traditionnelles, ils vont s’intéresser à l’acupuncture sans prêter aucune attention à la nutrition préconisée par la médecine chinoise, s’ils se passionnent pour le massage ayurvédique, ils négligeront la pharmacopée, etc… L’approche reste marquée par l’esprit capitaliste et patriarcal, c’est à dire foncièrement individualiste, réfractaire à la notion de coopération inter-espèces: coopération entre les humains et les autres « esprits », comme les plantes (et les champi), entre autre. A la rigueur, on coopère entre humains (massage, apprentissage au près d’une « autorité »…) mais pas avec d’autres espèces considérées comme « inférieures ». On doit tout obtenir tout seul à la force du poignet, sans jamais prendre une plante, uniquement via la pratique de ceci cela (méditation, qigong…). On peut manger bio ou du mcdo, ce sera plus ou moins comme du pareil au même, ça ne nous impactera que si on y « croit », ce n’est pas réellement important, ce qui compte c’est bien d’avantage la pratique de ceci cela… Et puis on est très influencé (contaminé) par la psychanalyse et l’on considère nos ancêtres comme d’éternels sources de trauma, plutôt que de chercher à obtenir leur bénédiction… On se coupe ainsi de nombreux alliés, de nombreuses « réponses » à force d’individualisme et de méfiance vis à vis des trucs et des gens non validés par les « autorités », non-validés par des autorisations de mise sur le marché ou par des diplômes!! »