Seidr – Le chamane et la punk


Cheers! A la bonne votre!
Croquis d’une amulette, femme avec une corne à boire, via le site de Maria Kvilhaug.

 

Extrait d’un échange avec un correspondant:

Moi: (…) « De mon côté mon déménagement/emménagement dans le Morvan est plein de surprises et de rebondissements et de retards en tous genres.
C’est « compliqué » de faire remettre le téléphone, c’est « compliqué » de trouver un plombier, etc…. Je vais finir par m’auto-nommer chamane rien que pour pouvoir me désenvoûter moi-même, parce que ça finit par être un peu pénible, « lol »! »

Lui:  » On ne peut se proclamer soi même chaman… »

Moi: « Je sais bien qu’on ne se proclame pas soi-même « chamane », c’était une boutade! 😉

Quoi qu’à vrai dire, entre ce que je lis de la tradition chamanique scandinave (le Seidr, qui remonte à une époque pré-Viking) depuis quelques mois, et les informations sur lesquelles je tombe dans le cadre de ma pratique, je commence à me poser des questions.
Après tout, c’est potentiellement très occidental (donc biaisé), très propre au patriarcat, de décréter qu’une fonction ne peut s’acquérir et se pratiquer que si elle a été dûment transmise et validée par une autorité. Ex: on est médecin uniquement si l’on a fait des études de médecine et obtenu le diplôme. Mon opinion en matière de médecine sera considérée comme nulle et non avenue, parce que je n’ai pas le bon diplôme.
Récemment un psychiatre spécialisé en autisme (le Dr N., à E.) m’a écrit pour me complimenter sur mon mémoire de naturo, que j’ai consacré à l’autisme, en me demandant s’il peut le partager sur son site pro. De la part d’un médecin, c’est une démarche extrêmement inhabituelle, atypique (qui fait chaud au coeur) et qui me conforte dans l’idée qu’on peut acquérir des connaissances (et compétences) très valables, hors cursus « académique », sans avoir eu le « bon » prof, sans avoir obtenu la bonne « validation ».
D’après les informations qu’on a sur le Seidr (textes historiques appuyés par quelques découvertes archéologiques, ex: http://freya.theladyofthelabyrinth.com/?page_id=258 ), certains pensent que la praticienne du Seidr (pas toujours une femme mais souvent) était considérée comme une sorte de réincarnation de la praticienne originelle, ou bien comme une émanation d’elle. On pourrait dire que la fonction était considérée comme pré-existante à tout apprentissage et qu’elle se transmettait un peu comme un gêne ou un virus se transmet, mais en se dupliquant autrement que les gênes et virus, d’une façon qui échappe à nos perceptions ordinaires, à travers l’espace-temps. Par exemple, les textes (les Edda) racontent que la praticienne (völva) se « souvient » de temps immémoriaux. Elle pouvait avoir 50 ans et se « souvenir » de choses qui s’était produites des centaines d’années auparavant. Elle pouvait  « voir » le passé comme l’avenir, comme si elle y avait été, sans y avoir été, et après tout, parait que le temps est un truc « relatif »…
Après tout, la fonction chamanique n’est absolument pas propre à une culture, elle semble propre à l’humanité, un peu comme si elle n’avait demandé à personne la permission de se créer, de se perfectionner au fil du temps et de se transmettre, comme si elle n’avait absolument pas besoin de diplôme ni de professeur humain pour exister et pour se transmettre à travers les âges et par delà les océans.
Dans la tradition Seidr, c’est la déesse Freyja qui fait office de première praticienne, d’aïeule universelle à toutes les praticiennes humaines. Une déesse n’a pas besoin de la permission de quelqu’un pour créer quelque chose ni pour le transmettre à qui bon lui chante. Elle ne délivre pas de diplôme. Elle est un peu une punk, du point de vue du patriarcat.
Et je commence à avoir la nette sensation que des choses préexistent, encryptées quelque part, peut-être dans la « mémoire « de la Terre, dans son champ électromagnétique, que sais-je…, de l’information est là à disposition, pour qui sait y accéder (via la transe et les différentes méthodes pour y accéder).
Et dans la société patriarcale actuelle, c’est pile poil ton rôle de mec diplômé de me dire « nan, t’as pas le droit de… »! (re-boutade).
Alors que d’après mon expérience de femme punk non-diplômée, la cérémonie chamanique (autant que la fonction, forcément) semble bel et bien préexister, exister à travers l’espace-temps, sans l’autorisation de personne, et elle est pour ainsi dire en licence « creative commons » (sans copyrights). On la retrouve façon puzzle dans l’imaginaire collectif (l’inconscient collectif de Jung), avec le bâton de sorcier de Gandalf ou le « haut siège » de l’Amon Hen sur lequel s’assoit Frodon à la fin de la Communauté de l’Anneau, dans le Seigneur des Anneaux (Tolkien était un grand fan des Edda, des langues et de la mythologie scandinave) , la baguette magique d’Harry Potter, les fantômes des films fantastique…
Et c’est bien embêtant quand on tombe sur certaines « informations » (ou information potentielle, en fonction de l’interprétation qu’on en fait) pendant une cérémonie et qu’on ne peut pas la vérifier parce que poser certaines questions par email serait franchement inconvenant.
Aux USA (entre autre), il y a des études cliniques qui sont menées sur le potentiel thérapeutique des psychédéliques, entre autre dans le cadre de la fin de vie, particulièrement en cas de cancer en phase terminale. Les patients qui ont participé aux essais cliniques racontent que c’est comme de faire 20 ans de thérapie en l’espace de 2 ou 3 sessions (dans un cadre thérapeutique bien défini, non récréatif!). L’étude en question a été menée avec de la psilocybine: http://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/0269881116675513
J’ai cru remarquer que, en occident, les gens qui se consacrent à « l’esprit » ont tendance à laisser leur corps en arrière, à considérer que ce n’est qu’un vaisseau, une coquille de noix, et même quand ils s’intéressent aux médecines traditionnelles, ils vont s’intéresser à l’acupuncture sans prêter aucune attention à la nutrition préconisée par la médecine chinoise, s’ils se passionnent pour le massage ayurvédique, ils négligeront la pharmacopée, etc… L’approche reste marquée par l’esprit capitaliste et patriarcal, c’est à dire foncièrement individualiste, réfractaire à la notion de coopération inter-espèces: coopération entre les humains et les autres « esprits », comme les plantes (et les champi), entre autre. A la rigueur, on coopère entre humains (massage, apprentissage au près d’une « autorité »…) mais pas avec d’autres espèces considérées comme « inférieures ». On doit tout obtenir tout seul à la force du poignet, sans jamais prendre une plante, uniquement via la pratique de ceci cela (méditation, qigong…). On peut manger bio ou du mcdo, ce sera plus ou moins comme du pareil au même, ça ne nous impactera que si on y « croit », ce n’est pas réellement important, ce qui compte c’est bien d’avantage la pratique de ceci cela… Et puis on est très influencé (contaminé) par la psychanalyse et l’on considère nos ancêtres comme d’éternels sources de trauma, plutôt que de chercher à obtenir leur bénédiction… On se coupe ainsi de nombreux alliés, de nombreuses « réponses » à force d’individualisme et de méfiance vis à vis des trucs et des gens non validés par les « autorités », non-validés par des autorisations de mise sur le marché ou par des diplômes!! »

Journal de transition – Janvier 2018

(Bonne année – oui, je sais, je publie le journal de janvier alors qu’on est en mai, ça craint, je suis lente, tout ça…)

Au menu:
Préménopause
Analyse de cheveux – protocole de chélation des métaux lourds Cutler
La Pesse au soleil, ou pas.
Maillot de bain coton sans élastique
Éclaircies, famille.

 

Vendredi 5 janvier 2018, 15h15, Haute-Savoie.
Pas un pet de vent.
Après des semaines de météo plus ou moins tempétueuse, ça fait bizarre, beaucoup trop calme, presque lourd, alors que le ciel semble vouloir tourner à l’éclaircie.

J’ai eu des nouvelles du notaire hier. La secrétaire m’a fait un retour sur les diagnostics de la maison de Pélussin : de l’amiante un peu partout, radon catégorie 3, installation électrique et chaudière à revoir… Mais apparemment gros œuvre bien en bon état.
Il ne reste plus qu’à faire le diagnostic de l’assainissement et les estimations, qui seraient « en cours » (sans plus de précision, ça reste un peu frustrant).

 

Lundi 15 janvier, 16h45, Haute-Savoie :
Les diagnostics de la maison de Pélussin sont tous faits mais rien ne bouge. Pas d’estimations en vue.
Attendre, attendre…

Ce matin, rendez-vous chez la médecin généraliste qui fait mon suivi gynéco : la périménopause – préménopause semble confirmée.
Demain matin, prise de sang pour bilan sanguin lambda (foie, thyroïde, électrolytes, vitamine D…), pas de bilan hormonal, ça ne sert à rien, semble-t-il.
Diagnostic clinique, en fonction des symptômes : plusieurs cycles très raccourcis en 2017, quelques premières bouffées de chaleurs, le dernier syndrome prémenstruel a duré 10 jours au lieu des 2 jours habituels…
Voilà, et c’est parti pour quelques années de bazar dans le genre.
Alors j’ai encore fait chauffer la carte bancaire et j’ai commandé du gattilier sur ABC de la Nature, avec du Palmier nain de Floride pour voir si ça aussi pourrait avoir un bon effet sur mes petits problèmes de peau (un peu inspiré de cet article : https://recoveringkids.com/2018/01/10/androgens/).

J’ai reçu les résultats d’une analyse de cheveux (métaux lourds et minéraux), via le labo américain Holistic Heal.
Les annotations sont du Dr Amy Yasko.

Lithium dans les choux, à supplémenter (via du lithium orotate, 5mg).
Les taux de calcium, magnésium, sodium potassium (la façon dont ils sont « déplacés » par rapport à la norme) indiquent une fatigue surrénale (sans déconner ?! Plus de 5 ans que j’ai compris le truc via les vidéos de Thierry Casasnovas, mais c’est cool d’avoir confirmation via une analyse).
Indication d’une fatigue surrénale dans une analyse de cheveux par Holitic Heal : quand les taux de calcium/magnésium vont dans un sens et que les taux de sodium/potassium partent dans l’autre sens.
Les taux de métaux lourds semblent relativement modestes, mais cela peut être tout simplement le signe que le corps échoue à les éliminer(comme souvent, parait-il, en cas d’autisme/trouble du développement) et si on applique les « counting rules » du protocole Cutler http://autismrecoverysystem.com/wp-content/uploads/2017/05/Counting-Rule-Assessment-of-Hair-Analysis.pdf, on trouve quand même un dérangement des minéraux qui pointe une intox au mercure. C’est la « counting rule » n°4 : il y a intox lorsque 4 minéraux ou plus sont aux extrêmes (au-delà du 2,5th percentile ou du 97,5th percentile). Ici c’est le cas du calcium, magnésium, lithium et du cobalt.
Vu que le protocole Cutler est le seul à ma connaissance à prédire la détox spontanée post-dépose des amalgames (la « dump phase »), et vu qu’il est le seul protocole préconisé dans l’approche biomédicale de l’autisme, je vais m’y tenir.
D’après certaines analyses de cheveux faites par des gens avant et pendant la chélation, les taux de métaux lourds peuvent être modestes avant la chélation et augmenter au cours de la chélation (ce qui montre que les métaux « sortent »), pour finir par chuter au bout d’un an ou deux de chélation.

Et bien sûr, oui, tout ça coûte des sous…

 

Mercredi 31 janvier 2018, 9h30, Haute-Savoie.

Hier Météo France affirmait sur son site qu’il faisait grand soleil ici, qu’on aurait du soleil toute la journée.
On a eu la tête dans le pâté de grisaille toute la journée. Ils deviennent nuls même en météo en temps réel. Ca devient grave.
Dimanche et lundi j’étais à La Pesse, j’ai pris le soleil, le vrai, pas le virtuel de Météo France.
Mardi matin, ici, dans la grisaille, j’avais encore la sensation d’être dans le soleil, tellement j’en avais pris plein les mirettes pendant 2 jours. Ca avait imprimé ma rétine.
Mais bon, c’était hier matin.
Et déjà hier après-midi, j’avais à nouveau envie d’assassiner le ciel, tellement j’en peux plus de cette grisaille, même en prenant de la vitamine D3 et de la vitamine K2-MK4 et du gattilier et de ceci et de cela.

A La Pesse:

Sinon, pendant tout l’hiver, ça a été ça:

 

En janvier j’ai récupéré mon maillot de bain sans élastique, en coton bio, fait par la couturière des Bauges, Maud Griengl:

Vers la fin du mois il y a eu une éclaircie majeure: j’ai pu revoir mon neveu, pour la première fois depuis un an. Il a toujours la patate:

A la fin du mois, les crocus ont fait une percée (ainsi que 2-3 abeilles):

Spéciale dédicace @SolangeTeParle

Pour pouvoir faire la fée et pétiller, on a besoin de l’herbe mouillée!
Change de routine!

 

Oui je sais la qualité de l’image laisse fort à désirer, sorry, j’aurais pu opter pour un meilleur réglage, mais bon, il était 8h du matin.

Je venais de regarder ta dernière vidéo « Stop ou encore » et puis du coup j’avais aussi regardé « Une semaine de réveils hardcore« .

Ca m’a donné envie de te dire doucement « oh bichette!! » et puis de t’emmener dehors marcher pieds nus dans l’herbe mouillée.

Ca m’a donné envie de faire ça aussi: une petite vidéo de ce qui est un nouveau bout de ma routine matinale. Depuis quelques semaines, j’essaye de sortir comme ça tous les matins, parfois j’arrive à faire mon taï-chi comme ça dans l’herbe. J’ai un bien meilleur équilibre pieds nus dans l’herbe, je respire mieux, je me tiens mieux, j’ai plus d’énergie, plus de force, j’ai une meilleure mémoire aussi.
Ca s’appelle bénéficier des bienfaits de la connexion à la terre, ou de la « mise à la terre ». On se met à la terre sur la plan électrique et hop, on va mieux, c’est magique, un truc de ouf, ou de fée, au choix.
En anglais on appelle ça le grounding ou earthing.

Dans un appartement, c’est plus compliqué de se mettre à la terre. Au mieux on peut avoir des sols relativement « naturels » qui permettent de limiter un peu les dégâts, disons. Comme un vieux carrelage en carreaux de ciment ou un vieux plancher en vrai bois.

Il y a quelques mois, j’ai pris conscience que je suis légèrement électrohypersensible. Le wifi et les smartphones me fatiguent, par exemple (à moins que les smartphone soient en mode « avion », évidement). Et non seulement je suis sensible à certains types d’ondes (par exemple le champ magnétique de certains frigo peut parfois me donner des décharges électriques dans le dos) mais je suis aussi sensible à certains matériaux, comme le plastique, qui me pourrit mon énergie.
Toi qui est fatiguée, penses-y. L’environnement électromagnétique peut tous nous affecter, vu qu’on est tous électrosensible, c’est un des principes du vivant. Nous sommes des êtres bioélectriques autant que biochimiques.

On peut être affecté par toute une vie sur plastique, sur synthétique/isolants électriques, déconnecté du sol, hors sol. Matelas synthétique, lino, plancher flottant, tapis de yoga éthique vegan en plastique végétal ou caoutchouc recyclé ou que sais-je, asphalte, semelles de chaussures et chaussons en plastique/caoutchouc…

Les psychanalystes ne savent guère ce genre de choses. J’espère que tu as arrêté d’aller les voir.

A la fin de la vidéo, on voit mes chaussons en laine de mouton et semelles en cuir.  C’est roudoudou.
J’ai aussi des Tropeziennes à semelles en cuir et des santiags d’occasion à semelles en cuir et des « bottines » Made In Romans à semelles en cuir. Les semelles en cuir, ça permet la connexion à la terre.
Et oui du coup ces derniers mois j’ai fait des folies de chaussures. Après des années de vache un peu maigre, en ce moment j’ai un peu de sous alors j’en profite pour revisiter ma garde robe. Je vise le zéro plastique.

Je suis autiste Asperger, je sais qu’avoir des routines et des vêtements « doudou » ça aide, alors autant faire en sorte que les routines et ce qu’on porte sur nous soient porteurs de vie, plutôt que fatigant, déconnectant.

Bon et puis le granola, faut dire, ça peut plomber aussi un peu. Une alimentation de type paléo, sans céréales, ça aide aussi beaucoup à retrouver la joie. Remplacer le granola par des flocons de sarrasin (sans lait animal), ça peut être une option à tester, par exemple.

Enfin bon bref…

Pour pouvoir faire la fée et pétiller, on a besoin de l’herbe mouillée.
C’est l’essentiel à retenir!

Bisou bichette!

Toujours plus

Plus tu vas loin, plus tu iras loin.
Plus tu t’entraînes, plus tu réussis.
Plus tu forces, plus tu te renforces.
Plus tu gagnes, plus c’est bon.
Plus tu fais d’efforts, plus ça devient facile.
Blablablablabla…

Dans certains cas, ce genre de rengaine peut être vrai. C’est vrai.
Comment vient-on à bout d’une phobie? En s’exposant progressivement au facteur phobogène. Plus tu t’exposes à l’araignée, moins tu as peur de l’araignée. Du moins quand c’est bien fait, au rythme du phobique, petit à petit, en douceur, en commençant par l’observation d’une mini araignée, voir d’une mini araignée morte, à bonne distance, d’abord on observe l’araignée, de plus en plus près, de plus en plus longtemps, puis on monte en puissance en s’approchant d’araignées un peu plus grosses, puis on prend dans sa main la mini araignée morte, puis éventuellement une mini araignée vivante, puis petit à petit, on devient capable de virer l’énorme araignée noire et toute poilue en plein milieu du salon, en posant tranquillement une boîte dessus, puis en glissant un carton sous la boîte puis on met le tout dehors sans hurler, tout ça, sans avoir fais de crise de panique ni rien. Fièrement, quasi nonchalamment. On a viré l’araignée et la phobie, à force. Youpie.

Oui, il y a des situations où le « toujours plus » peut avoir son utilité.
Et puis il y a des situations où le « toujours plus » ne sert à rien d’autre qu’à s’épuiser.
Tout sportif a ses limites, par exemple: même le meilleur marathonien du monde ne peut courir 3 marathons par jour tous les jours pendant 50 ans d’affilé. Non.
Moi, mes marathons, c’est le temps passé en société.

Le « toujours plus », c’est la collectionnite aiguë, la « gagne » maladive, c’est le trouble obsessionnel compulsif, plus on en a mieux c’est, c’est la logique capitaliste, carriériste… De l’argent, de la bouffe, des bisous, des caresses…, toujours plus, il nous en faut toujours plus.
Alors certes, on peut aimer accumuler les vieilles chaussettes trouées, on a le droit, mais il y a un jour où il va falloir acheter une nouvelle maison pour continuer à accumuler les vieilles chaussettes trouées, à moins qu’on finisse enfin par prendre la sage décision d’arrêter d’accumuler les vieilles chaussettes trouées.

En général, les gens pensent que plus je vais pratiquer les interactions sociales, plus je vais avoir de facilitées à pratiquer les interactions sociales, moins ça va être fatigant, et puis un jour à la longue, la pratique des interactions sociales ne me fatiguera plus du tout. A force. Faut donc que je me force, à fond. Tant que ça me fatigue, c’est que je ne me suis pas encore assez forcée et faut donc continuer à forcer. Toujours plus.
C’est ce que je pensais aussi, avant, avant d’avoir beaucoup essayé.
C’est beau l’espoir. C’est aussi très fatigant.

C’est comme de penser qu’à force d’entraînement, un paraplégique va finir par trouver ça super facile de monter tous les escaliers à la force des bras.
C’est oublier un petit détail: le handicap, le handicap qui ne disparaîtra jamais, même « à force », même à gros et nombreux coups de « toujours plus » de force.
A force, le paraplégique prendra du muscle, certes, mais il sera tout le temps fatigué, à force, et puis surtout, c’est ballot, il restera paraplégique et ça finira peut-être un peu par le faire chier qu’on l’empêche de prendre l’ascenseur, pour son bien, pour qu’il se fasse violence, qu’il fasse des efforts, qu’il se bouge le cul…, comme tout le monde, quoi!

Un autiste peut – selon son « niveau », améliorer ses habiletés sociales, à force de pratiques douces et répétées, à son rythme, petit à petit, il peut devenir capable de communiquer, de s’exprimer, d’identifier et de défendre son opinion, de demander l’heure à un inconnu dans la rue, de discuter tranquillou en tête à tête avec un ami, puisque oui, à la longue, à force d’essais-erreurs et de moults efforts, il pourra avoir réussi à se faire un ou deux amis. A force.
Un autiste peut vaincre sa phobie sociale, à force de s’exposer avec raison et mesure aux facteurs phobogènes, il le peut, petit à petit, soutenu et encouragé par ses proches, par un praticien en TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale), petit à petit, à force d’oser approcher ses semblables et à force d’oser leur dire deux mots par ci, deux mots par là, à force d’apprendre à gérer son stress, à faire de la méditation, du tai-chi, à force de nutrition anti-inflammatoire, à force de respiration, de relaxation, à force, il peut réussir à vaincre sa peur et à rester zen en société.

Mais peut-on vaincre, annihiler, annuler, faire disparaître des troubles du traitement de l’information sensorielle, à force d’abnégation, à force d’essai-erreurs, à force d’efforts, à force de… A force de quoi? Quelqu’un aurait-il une idée?
Quelqu’un qui a l’oreille absolue, qui est daltonien, va-t-il pouvoir abolir sa différence à force de quoi que ce soit?
Une blonde peut sembler devenir brune, à force de colorations chimiques, mais elle restera blonde en vrai, n’en déplaise à Schwarzkopf. Et elle devra continuer à faire ses colorations jusqu’à la fin de ses jours pour espérer tromper son monde. A force, elle ne deviendra jamais brune, même à force de tout ce que vous voulez.
La politique du « A force » et du « Toujours plus » ne marchera pas, ni pour la blonde, ni pour mes troubles sensoriels.

Les interactions sociales sont une masse colossale d’échange d’informations sensorielles, une masse colossale d’informations sensorielles (voix, mouvement du corps, intonation, diction, sourires…) noyée elle-même au milieu d’une autre masse colossale d’informations sensorielles (paysage, température, texture des fringues, consistance du sol, odeurs, vitesse de déplacement si on est en mouvement, etc, etc). Il ne peut en être autrement, c’est comme ça et filtrer toutes ces informations sensorielles – c’est à dire faire un gros effort de concentration sur l’information utile à traiter et faire abstraction du reste, pendant que je réfléchis au sens de ce qu’on est en train de me dire, pendant que je réfléchis à ce que j’en pense et à ce que je pourrais bien y répondre, tout ça pendant que des trains passent, que des vaguelettes frappent incessamment la berge, que les feuilles des arbres s’agitent, que des gens passent, que mon pied glisse sur un caillou, que de la sueur me dégouline de partout, que des fleurs surgissent autour de moi (je fais une fixette sur les fleurs, faut pas que je regarde les fleurs sinon je ne pense plus qu’à ça, oh, tiens, justement! une fleur que je n’avais jamais vue! oh une autre… nan faut pas que je pense aux fleurs, aux parfums, aux huiles parfumées, à la tubéreuse, à la rose, à… voilà petite fixette, faut que je fasse un gros effort pour ne pas y penser, c’est malpoli de penser « FLEURS » pendant qu’on nous parle d’autre chose, oublions les FLEURS… FLEURS FLEURS FLEURS… faudrait que je fasse des sorties botaniques, moi, pas autre chose, là ce serait adapté de penser aux FLEURS FLEURS FLEURS…)…

Ce texte vous épuise?
Moi aussi. Tout cela m’épuise et tout cela continuera de m’épuiser, j’en ai bien peur, jusqu’à la mort, jamais aucune coloration ou décoloration permanente ne me rendra hypo-perceptive, même à force, même en accumulant toujours plus d’efforts pour… Euh, hein, quoi? Pour faire quoi déjà?
Tout ça pour quoi?

Ffffffatiguée…

 

 

 

 

Martini

Je commence à rédiger mon « projet de vie » pour la demande d’AAH, en écoutant « Dancing with myself », la version de Billy Idol.
Ca me donne envie d’aller boire des Martini au Mark XIII, à Grenoble, ou au « Keep it Weird » qui ouvrira en septembre, au 3 rue du Palais.

Mais dans l’immédiat, va falloir que je peaufine le truc, que je le raccourcisse surtout.
Hier on m’ a demandé un texte de 8 pages sur l’accompagnement sexuel, mais 8 pages pour un projet de vie, ça risque de faire un peu long…

Et dans l’encore plus immédiat, mon neveu demande à ce que je vienne jouer avec lui à « faire la passe ». C’est difficile de se concentrer dans ces conditions.

Mon neveu, il ressemblera peut-être un peu à Billy Idol quand il sera grand, on verra…

 

 

Des news, du cul, de la drogue…

Voici quelques news perso bien terre à terre, pour ceux qui suivraient encore un peu le feuilleton.
Promis je parle bien de cul et de drogue pour de vrai un peu plus loin.

Je suis en ce moment en prise avec un micmac administratif sans nom. Tous les employés des administrations que j’appelle au téléphone, ou encore l’assistante sociale que j’ai vue ce matin me le disent: « je ne comprends pas, en principe ce n’est pas possible, je ne sais pas vous expliquer pourquoi blabla, je ne sais pas ».

Il semble y avoir eu plusieurs bugs, à différents niveaux, dans différentes administrations.
Résultat pour faire court: j’en suis à mon 6ème mois sans revenu, je n’ai plus de sous, plus d’économie, encore heureux que j’ai une mère qui m’aide et qui m’héberge (= qui fait le boulot de solidarité du Conseil Général de Haute-Savoie), et ma demande de RSA est ajournée parce qu’il me manque des justificatifs que je devrais avoir depuis des mois et que je n’aurai que dans un mois ou deux, on ne sait pas quand exactement.

Je pourrais ou je devrais au moins essayer de me trouver un petit job alimentaire au minimum pour passer le temps mais je suis bien trop occupée à essayer de résoudre le micmac pour avoir de l’énergie à faire quoi que ce soit d’autre d’aussi compliqué que chercher un emploi.

J’ai fait l’effort d’aller à une formation à l’accompagnement sexuel des personnes handicapées en Alsace du 17 au 20 mars (organisée par l’APPAS: http://www.appas-asso.fr/) parce que ça, ça me botte immensément. J’ai la motivation pour ça, vu que, contrairement à beaucoup de féministes quelque peu en guerre avec le sexe, moi personnellement ça va très bien merci, le sexe est mon ami.
Je suis capable de passer des mois sans voir un ami et je suis contente quand je le vois. Pas de soucis. Je peux faire « ceinture » pendant des mois ou « hop là! » repartir comme en 40 quand j’en ai l’occasion, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Ni addict ni coincée, juste tranquille dans mes baskets à paillettes et dans ma culotte (vraiment très culottée), si je puis dire.
Et j’ai d’avantage d’affinité avec les handicapés qu’avec les « valides », vu que j’en suis une, d’handicapée.

Certains pensent qu’il vaudrait mieux dire « personne en situation de handicap », mais pour l’heure je me dis volontiers « handicapée » comme je me dis « autiste », pas de soucis… Mais, bon, le vocabulaire, je m’en fout un peu à l’heure actuelle, ou bien c’est trop compliqué ou bien c’est un trop petit détail minuscule comparé à l’énormité de l’absurdité que je vis en ce moment pour que je daigne m’en soucier…

Bref, je poste des petites choses, des petits statuts sur la situation via mon profil facebook, comme là ce matin. Je réalise que c’est un peu parce que je poste des trucs sur facebook, que j’écris des commentaires parfois un peu longs sur d’autres profils et autres groupes de discussions que je poste un peu moins qu’avant sur mes blogs.
C’est un profil public (https://www.facebook.com/caroline.vigneron.10), n’hésitez pas à y jeter un oeil, je poste aussi parfois des trucs plus franchement fun sur les psychédéliques et leurs vertus thérapeutiques. Oui « thérapeutiques », il n’y a pas de coquille. C’est très sérieux, comme le site de l’asso américaine Maps.
Je m’intéresse décidément à plein de choses illégales, une vraie petite punk…

Donc, le post facebook de ce matin:

« Je reviens tout juste de ma « première fois » avec une assistante sociale, une personne charmante, compétente et empathique. Ca vaut la peine de le dire!
J’ai appris que « avoir un statut d’autoentrepreneur » + « faire une demande de RSA » = « vous êtes dans la case la plus compliquée! ».
Je vais peut-être tenter une demande de AAH. Temps de traitement de la demande d’AAH = environ 6 mois, pour une issue très aléatoire.
Une demande d’aide d’urgence va être faite, si c’est accepté (maintenant je sais qu’avec le conseil général il vaut mieux douter de tout), donc SI c’est accepté j’obtiendrai 150 euros dans 10 jours.
Ca tombe bien: je suis au-delà de l’urgence, dans le no man’s land du grand n’importe quoi où plus rien n’a vraiment d’importance.
Du coup je vais aller passer 2-3 jours dans ma cabane du Jura, ça m’aidera à patienter en toute quiétude.
Tant que j’ai de l’essence, autant que j’en profite. »

Mémoire

Mon mémoire est en ligne depuis le lundi 1er février.

Un ami a écrit qu’il l’a « dévoré ».

Le mémoire serait donc comestible, du moins lisible, en dépit de sa longueur.

Je sais qu’il est bancal, imparfait, à corriger. Merci de m’y aider, si le coeur vous en dit.
Ca parle d’autisme, de psychanalyse, de nutrition, d’écologie, de microbiote, de système nerveux entérique, de phytothérapie, de sexualité (un chouilla, si si!), de psychédéliques, de chamanisme, de politique… Bref, de plein de choses.

Si vous avez aimez le film « Demain », ce mémoire devrait vous plaire, et inversement.

Le mémoire est ICI.

Abstract:
Ce texte présente l’autisme comme une condition développementale du corps entier, condition évolutive et modulable.
On a longtemps cru que l’autisme était une maladie mentale, puis cette croyance a été remplacée par une autre : à présent l’autisme est souvent considéré comme une différence neurologique qui n’a rien à voir avec le reste du corps, comme une condition neurodéveloppementale d’origine génétique, que rien ne peut altérer ni améliorer – en dehors de quelques méthodes comportementales. On dit « neurologique » aujourd’hui comme on disait « mental » hier, l’encéphale étant toujours considéré comme le siège exclusif de la conscience et de ses « troubles ».
Mais la recherche avance et vient de plus en plus invalider cette position. On découvre que dans le corps humain, tout est lié, tout interagit avec tout, et qu’il n’y a pas de « cerveau atypique » sans système gastro-intestinal atypique, sans système immunitaire atypique, etc. Quand il y a autisme, c’est tout le corps qui est concerné, qui est rendu hyper perceptif et hyper réactif à son environnement, « environnement » au sens très large, en particulier au sens écologique du terme.
Ce travail est un effort d’information en matière d’autisme et de santé, un acte militant d’une autiste pour la valorisation de la neurodiversité, un encouragement à améliorer la santé des autistes et des non-autistes de façon à leur permettre de réduire leurs troubles, d’améliorer leurs compétences, et de s’épanouir au quotidien.

 

 

 

L’autiste qui fait tâche

Copie d’un email envoyé ce matin en réponse à cette vidéo:

 

Coucou,

Vidéo intéressante, bien faite, bien dit. Presque trop beau pour être vrai, non?
C’est quoi ce conseil de transition? T’as cherché un peu?
Le fait que le système de la dette soit le sujet le plus sérieux, le plus grave dont tout le monde ferait bien de se préoccuper en priorité, je l’ai entendu dire par certains autres de mes contacts que je considère comme fiables.
L’effondrement à venir, j’ai lu 2-3 articles sur le sujet.
Ca me parait envisageable, non improbable.
Que les « politiques » actuels soient plus ou moins dans l’incapacité de changer le système, ça me parait sensé.En matière d’autisme, ça fait un moment que j’ai commencé à me dire que la solution, c’est de sortir du système, d’en créer un autre à côté. Les écolieux, l’école à la maison, le bio local, la permaculture, les monnaies locales, etc… Ca fait parti des initiatives de création d’un autre système et c’est ce qui me parait le + viable et sensé.
S’acharner contre le système actuel en place pour essayer de le changer, c’est dépenser beaucoup d’énergie pour pas grand chose, ou bien pour finir en prison, comme la mère de Tim.

A moins d’envisager de lancer un mouvement d’envergure du genre: « les autistes, leurs parents et leurs amis feront la grève du vote et du paiement des impôts/taxe pro, etc…, tant que le système leur pourrira la vie sans leur proposer les prises en charge adaptée, tant que le système fera la promotion des médocs plutôt que de l’alimentation bio. 
Tant que le système sera anti-autiste, les autistes seront anti-système. »
 
Si on était en mesure de lancer ou de contribuer à un mouvement de ce genre, et si les gens concernés par l’autisme se réveillaient vraiment pour jouer le jeu, ça pourrait être cool.
Sinon, j’ai commencé à envisager l’expatriation. Je ne sais pas trop où. J’aimerais bien du soleil et des bananes à profusion (lol!). Peut-être l’Espagne.
Et dans la vidéo, pour ce qui est du passage sur l’autisme, faut en effet ne pas se voiler la face. L’autisme est en effet un problème pour les individus concernés, leur famille, leur société.
Que ce soit J., le fils de M. ou même moi (ou toi?! lol!), regarde: pas d’enfant et peu de probabilités que j’en ai. Vu le fonctionnement actuel du système, justement, de la société, de ma famille, les mentalités, les conditions de vie, mon état de santé actuel, le prix de la bouffe bio, des compléments alimentaires et des plantes médicinales, etc… Je ne suis pas sûre que je survivrais à une maternité. Ou j’y survivrais, mais dans un état de santé lamentable, et pour transmettre quel état de santé à mon/mes gosses?
Si toutes les femmes de France étaient comme moi, dans 50 ans, il n’y a plus personne en France que des gens venus d’ailleurs.
A moins que le système et les mentalités changent profondément, que l’altruisme revienne au goût du jour, vaut mieux que j’évite d’avoir un enfant.
Je me range de plus en plus dans le « camp » de ceux qui voient l’autisme comme un marqueur de la qualité de nos conditions de vie (résultat de l’interaction génétique + environnement) , que ce soit en terme de pollution, de qualité de l’alimentation, etc. Plus c’est pire, plus il y a d’autistes et plus les cas d’autisme deviennent handicapant et « lourds » (c’est à dire pas du tout « talentueux », pas du tout des Einstein ni des Tolkien et compagnie, ou plus ou moins talentueux mais sérieusement « diminués » sur le plan de la santé). Et donc plus ça devient urgent de changer les choses, si on ne veut pas tous devenir « débile », dans le sens ancien du terme, c’est à dire dans l’incapacité de perpétuer l’espèce.
Voilà, ce que j’en pense! 🙂
Là je travaille sur mon mémoire, sur l’autisme, et c’est justement en train de se transformer en une sorte de « manifeste » pour la bonne santé des autistes (et des non autistes).
Ah et merci pour avoir mentionné la santé dans ta vidéo-fleuve! Et pour avoir rajouter un indexage!
Je me dis aussi que si je veux pouvoir être efficace en matière de santé autistique, faudrait peut-être que je gagne en « visibilité », en tant que membre de l’asso. Si je veux pouvoir contacter des scientifiques/chercheurs, pour leur demander des avis, conseils, infos, etc… Enfin là, en l’état actuel des choses, je peux toujours les contacter tant que je veux mais je crois que j’ai peu de chances qu’on me réponde ou qu’on me prenne au sérieux.
Mais bon pour ça, faudrait peut-être d’abord que je finisse mon mémoire, que les autres membres de l’asso le lisent et donnent leur avis sur le contenu… En même temps, ça donnerait du poids à mon mémoire si je pouvais l’appuyer sur des infos récoltées à la source au près de certains chercheurs (je pense en particulier au prof. marion leboyer)… Qui ne me répondront peut-être pas si je ne suis officiellement « que » une « presque naturo » en train d’écrire un mémoire. Ou je pourrais toujours améliorer le texte plus tard, au fur et à mesure, en continu…
mais bon bref… D’ailleurs faut que je m’y remette, je suis encore loin d’avoir fini…
Bise,
Caroline

Séquelles et oubli de soi

melting-girl

Hier soir j’ai fait un truc de fou: j’ai regardé un film. Oblivion (qu’on peut traduire par « oubli »), avec Tom Cruise. Ca a fini un peu après 23h (il me fallait au moins un Tom Cruise pour me motiver jusque là, mais bon, un Colin Firth l’aurait fait aussi). C’est loin d’être un grand film, le scénario est un chouilla creux, mais bon, ça me rappelle que ça fait un moment que je veux faire un petit point sur ce que j’ai vécu ces derniers temps, disons depuis un an.

Il y a un peu plus d’un an j’ai mis un terme à une relation amoureuse, c’était mi-octobre 2014. J’étais dans un état d’épuisement avancé, et trois semaines plus tard, début novembre, j’ai commencé à avoir des spasmes intestinaux (paye ton stress psycho-émotionnel). Ca faisait plusieurs semaines que mon transit avait commencé à flancher quelque peu et quand les spasmes et les douleurs au niveau de l’appendice sont apparus j’ai eu un peu la trouille de finir à l’hôpital, avec un appendice en moins. Donc j’ai fait ce qu’il fallait pour soigner mes intestins, pour soutenir le transit (merci aux lavements au café vert) et pour trouver les aliments qui aggravaient, ou pas, la situation.
J’en suis arrivée à supprimer les céréales, les légumineuses, les fruits à coques et toutes les graines non germées, et pour finir même les pommes de terre.
Tant que je m’en tiens à ces évictions, que je consomme beaucoup de fruits et légumes (bio), que je fais ce qu’il faut pour soutenir le transit (merci à la chlorella, aux EM (d’EM France), à l’Hépar) et que j’évite l’alcool, j’ai presque la sensation d’avoir un ventre normal, alien-free. C’est une nouvelle alimentation pour moi qui m’était habituée à un végétalisme « juste » sans gluten et j’ai du mal à m’y adapter, j’ai encore du mal à manger des quantités suffisantes de « verdures » pour avoir un bon apport en acides aminés et, résultat: j’ai des envies de viandes séchées et j’ai dû renoncer au végétalisme strict (parait qu’il est bon de s’écouter) et opter pour un flexitarisme léger (je dois tourner autour des 95% d’apports caloriques sous forme végétale).
J’ai fini par aller voir mon médecin, tout de même, au bout d’un an de symptômes, juste pour être sûre: le bilan sanguin et l’échographie sont normales, c’est donc bien très très probablement « juste » un syndrome du côlon irritable, avec l’option « tendance à la constipation ». Selon ma compréhension actuelle des choses, vu l’état encore un peu perturbé de ma flore « intime » (près d’un an et demi après le retrait du stérilet, c’est toujours « perturbé », youpie – voilà, c’était la minute glamour), il y a probablement aussi un déséquilibre de la flore intestinale (le stress ayant pu déséquilibrer le microbiote), peu-être un petit « SIBO » (small intestinal bacterial overgrowth), qui irrite la zone de la valve iléo-caecale, vu que la prise d’huile essentielle d’origan compact (antibactérienne, bien diluée dans de l’huile végétale sinon ça brûle), par voie orale, calme très efficacement les choses, si je remange des chips ou des frites, par exemple.

En plus des grosses modifications de mon alimentation, il y a d’autres choses qui ont changé. Par exemple je ne peux plus dormir allongée sur le côté gauche. Quand je m’allonge sur le côté gauche, j’ai l’impression d’avoir comme un caillou au niveau du cæcum, comme suspendu à la hanche droite et qui pèse, c’est inconfortable-perturbant, alors j’évite, alors qu’avant j’aimais bien alterner, dormir d’un côté, de l’autre, c’était sympa. Mais non, je ne peux plus.
Mon rythme de vie a aussi changé. J’ai tendance à me coucher globalement plus tôt qu’avant. Pendant plusieurs mois, c’était tout simplement parce que j’étais devenue incapable de « veiller » au-delà de 21h-21h30. Il a fallu que j’attende le mois de mai, environ, soit 6 mois de repos, pour pouvoir à nouveau regarder un film en entier le soir à la télé, et seulement une fois de temps en temps.
Depuis 2-3 mois, je recommence à pouvoir « veiller » un peu plus souvent, un peu plus longtemps, mais j’évite globalement de le faire parce que sinon je mets 2 jours pour m’en remettre.

Si j’en suis arrivée là, je résume ça en disant que c’est parce que je m’étais beaucoup « oubliée ». J’ai passé des mois à faire comme si ce n’était pas si grave de négliger mes petites limites physiologiques, ou du moins j’en étais désolée mais je le faisais quand même. J’essayais de les « repousser », j’essayais de pousser des murs. Ca n’a pas marché, j’ai juste réussi à m’épuiser à force d’obstination. Je peux être extrêmement obstinée, volontaire, à fond. Je me disais qu’il y avait une chance pour que je finisse par m’adapter à ces nouvelles conditions de vie (la « vie commune »), à la longue, à force d’essayer. Bah non.
J’étais motivée, à fond.
J’ai compris que l’amour n’est en aucun cas une énergie, que c’est au mieux un stimulant qui nous permet de puiser dans nos ressources, comme l’adrénaline va transformer une petite mère de famille chétive en Hulk si son gosse se retrouve coincé sous une voiture. Mais après avoir soulevé la voiture et sorti son gosse de là, il faudra qu’elle se repose et qu’elle mange copieusement, vu que l’adrénaline aura « brûlé » toutes ses réserves de glycogène.
L’amour n’est pas du glycogène.
L’amour ne remplace pas le sommeil, ni le soleil, ni la solitude.
Je savais déjà que pour moi la solitude vient toujours en soulagement des interactions sociales, aussi agréables fussent-elles, mais là j’ai bien eu l’occasion de comprendre, de bien « acter » pourquoi: la solitude est pour moi un besoin physiologique, assez énorme, au même titre que le sommeil, le soleil, ou qu’une alimentation riche en micronutriments.

Ces derniers temps, je recommence à oser re-tester mes limites, je recommence à aller les tâter du bout des doigts, précautionneusement. Par exemple, récemment j’ai eu l’occasion de constater à quel point je suis devenue une traumatisée du partage de lit, séquelle de nombreuses semaines passées en mode « déprivation de sommeil »: si vous voulez faire grimper mon cortisol en flèche, forcez-moi à passer une nuit avec quelqu’un, dans le même lit, sous la même couette. Même avec des bouchons d’oreille, je ne serai pas loin de la crise d’angoisse, du « meltdown » autistique. Tous les stimuli sensoriels générés par un dormeur à côté de moi (tiraillement de la couette, mouvement du matelas, bruit de respiration, voir ronflement…) ont tendance à être comme amplifiés par l’obscurité et la fatigue, résultat: je mets une éternité à m’endormir et je me réveille à tout bout de champ, résultat: nuit pourrie et lendemain laborieux.

Je remarque que j’ai la fâcheuse tendance à oublier ce genre de choses. J’ai la fâcheuse tendance à m’adapter aveuglément, spontanément, à toute situation dans laquelle je me retrouve. Spontanément, je m’oublie, j’oublie mes limites, les murs, la physiologie, surtout les petites particularités de la mienne, autrement dit tout ce qui fait que je suis moi, mon identité et, résultat: boum.
Ah! Il y a un mur, là! Merde, j’avais oublié.

Dans ces conditions, je me demande un peu comment ça va être possible de retrouver une vie amoureuse. Je me dis « on verra bien », je suis loin d’être devenue une amouro-sceptique… Mais va peut-être falloir que je me fasse des pense-bête, des petits post-it sur le frigo, genre:

Murs-corps-moi
Soleil
Solitude
Micronutriments
Calme
Sommeil
Murs-corps-moi

Le groupe et le bateau ivre.

ballet

 

Ecrit dans le train en gare de Grenoble, après le dernier café aspie qui s’y est tenu le samedi 28 novembre:

Je suis vraiment une grosse handicapée. Passé 2h30 au resto l’A Propos, à un café Asperger, rencontre très bien organisée, très bien animée [14 participants] et incapable de piper un mot, sur un sujet sur lequel j’aurais tout de même 2-3 brins de choses à dire [la relation amoureuse].
Quelques uns parlent, à droite, à gauche et je pense qu’avant même de me décider à m’asseoir j’en avais déjà le tournis. L’effet complètement désorientant, lobotomisant du groupe. Mais pourquoi est-ce que je m’impose ça? Pourquoi est-ce qu’à chaque fois j’oublie complètement, ou quasi, à quel point c’est dur? C’est qu’un instinct grégaire doit tout de même remuer en moi, me remuer. J’ai bien une vraie motivation, une vraie envie d’aller à la rencontre de l’autre, d’aller écouter des avis différents des miens, moi et ma soif de stimulation intellectuelle, et puis ce besoin de chaleur humaine, de partager un moment de… Euh… Convivialité?
Mais s’il y a bien une part agréable à l’exercice, il y a ce gros problème qui empêche une participation active: mon cerveau qui chope le mal de mer à force de tenter de suivre les échanges: tourner la tête à droite pour regarder telle personne qui parle, puis à gauche, puis devant, et celui-ci est à 2 mètres, celui-là à 4, celui-ci parle bas, celui-là fort et qu’aurais-je à répondre à ceci? On s’en fout: quelqu’un est déjà en train de parler de quelque chose d’autre…
Parfois je me dis que ce genre de situation serait plus simple si j’étais aveugle, avec une bonne excuse pour regarder dans le vide devant moi sans en démordre, en ayant d’avantage de « bande passante » à consacrer au traitement de l’info auditive/cognitive.
Ah et si je pouvais me permettre de rester impassible. Je me force beaucoup à sourire. Je veux paraître joyeuse et amicale puisque j’ai plaisir à être là et que je suis probablement entourée de gens sympa, je ne voudrais pas donner l’impression de m’emmerder autant qu’une porte de prison [on reproche plus volontiers à une femme son apparente « froideur », ça choque ça « refroidit » d’avantage que l’impassibilité masculine qui sera plus volontiers associée à du calme et à du sérieux qu’à de la « froideur »]. Sauf que ça aussi, ça prend de l’énergie: avoir l’air ou en tout cas essayer d’avoir l’air aussi avenante que possible, en accord avec mon humeur. Accorder la « façade » à l’état intérieur est une gymnastique extrêmement épuisante et le pire c’est que je doute beaucoup que les résultats soient ne serait-ce qu’à peu près correct.