Seidr – Le chamane et la punk


Cheers! A la bonne votre!
Croquis d’une amulette, femme avec une corne à boire, via le site de Maria Kvilhaug.

 

Extrait d’un échange avec un correspondant:

Moi: (…) « De mon côté mon déménagement/emménagement dans le Morvan est plein de surprises et de rebondissements et de retards en tous genres.
C’est « compliqué » de faire remettre le téléphone, c’est « compliqué » de trouver un plombier, etc…. Je vais finir par m’auto-nommer chamane rien que pour pouvoir me désenvoûter moi-même, parce que ça finit par être un peu pénible, « lol »! »

Lui:  » On ne peut se proclamer soi même chaman… »

Moi: « Je sais bien qu’on ne se proclame pas soi-même « chamane », c’était une boutade! 😉

Quoi qu’à vrai dire, entre ce que je lis de la tradition chamanique scandinave (le Seidr, qui remonte à une époque pré-Viking) depuis quelques mois, et les informations sur lesquelles je tombe dans le cadre de ma pratique, je commence à me poser des questions.
Après tout, c’est potentiellement très occidental (donc biaisé), très propre au patriarcat, de décréter qu’une fonction ne peut s’acquérir et se pratiquer que si elle a été dûment transmise et validée par une autorité. Ex: on est médecin uniquement si l’on a fait des études de médecine et obtenu le diplôme. Mon opinion en matière de médecine sera considérée comme nulle et non avenue, parce que je n’ai pas le bon diplôme.
Récemment un psychiatre spécialisé en autisme (le Dr N., à E.) m’a écrit pour me complimenter sur mon mémoire de naturo, que j’ai consacré à l’autisme, en me demandant s’il peut le partager sur son site pro. De la part d’un médecin, c’est une démarche extrêmement inhabituelle, atypique (qui fait chaud au coeur) et qui me conforte dans l’idée qu’on peut acquérir des connaissances (et compétences) très valables, hors cursus « académique », sans avoir eu le « bon » prof, sans avoir obtenu la bonne « validation ».
D’après les informations qu’on a sur le Seidr (textes historiques appuyés par quelques découvertes archéologiques, ex: http://freya.theladyofthelabyrinth.com/?page_id=258 ), certains pensent que la praticienne du Seidr (pas toujours une femme mais souvent) était considérée comme une sorte de réincarnation de la praticienne originelle, ou bien comme une émanation d’elle. On pourrait dire que la fonction était considérée comme pré-existante à tout apprentissage et qu’elle se transmettait un peu comme un gêne ou un virus se transmet, mais en se dupliquant autrement que les gênes et virus, d’une façon qui échappe à nos perceptions ordinaires, à travers l’espace-temps. Par exemple, les textes (les Edda) racontent que la praticienne (völva) se « souvient » de temps immémoriaux. Elle pouvait avoir 50 ans et se « souvenir » de choses qui s’était produites des centaines d’années auparavant. Elle pouvait  « voir » le passé comme l’avenir, comme si elle y avait été, sans y avoir été, et après tout, parait que le temps est un truc « relatif »…
Après tout, la fonction chamanique n’est absolument pas propre à une culture, elle semble propre à l’humanité, un peu comme si elle n’avait demandé à personne la permission de se créer, de se perfectionner au fil du temps et de se transmettre, comme si elle n’avait absolument pas besoin de diplôme ni de professeur humain pour exister et pour se transmettre à travers les âges et par delà les océans.
Dans la tradition Seidr, c’est la déesse Freyja qui fait office de première praticienne, d’aïeule universelle à toutes les praticiennes humaines. Une déesse n’a pas besoin de la permission de quelqu’un pour créer quelque chose ni pour le transmettre à qui bon lui chante. Elle ne délivre pas de diplôme. Elle est un peu une punk, du point de vue du patriarcat.
Et je commence à avoir la nette sensation que des choses préexistent, encryptées quelque part, peut-être dans la « mémoire « de la Terre, dans son champ électromagnétique, que sais-je…, de l’information est là à disposition, pour qui sait y accéder (via la transe et les différentes méthodes pour y accéder).
Et dans la société patriarcale actuelle, c’est pile poil ton rôle de mec diplômé de me dire « nan, t’as pas le droit de… »! (re-boutade).
Alors que d’après mon expérience de femme punk non-diplômée, la cérémonie chamanique (autant que la fonction, forcément) semble bel et bien préexister, exister à travers l’espace-temps, sans l’autorisation de personne, et elle est pour ainsi dire en licence « creative commons » (sans copyrights). On la retrouve façon puzzle dans l’imaginaire collectif (l’inconscient collectif de Jung), avec le bâton de sorcier de Gandalf ou le « haut siège » de l’Amon Hen sur lequel s’assoit Frodon à la fin de la Communauté de l’Anneau, dans le Seigneur des Anneaux (Tolkien était un grand fan des Edda, des langues et de la mythologie scandinave) , la baguette magique d’Harry Potter, les fantômes des films fantastique…
Et c’est bien embêtant quand on tombe sur certaines « informations » (ou information potentielle, en fonction de l’interprétation qu’on en fait) pendant une cérémonie et qu’on ne peut pas la vérifier parce que poser certaines questions par email serait franchement inconvenant.
Aux USA (entre autre), il y a des études cliniques qui sont menées sur le potentiel thérapeutique des psychédéliques, entre autre dans le cadre de la fin de vie, particulièrement en cas de cancer en phase terminale. Les patients qui ont participé aux essais cliniques racontent que c’est comme de faire 20 ans de thérapie en l’espace de 2 ou 3 sessions (dans un cadre thérapeutique bien défini, non récréatif!). L’étude en question a été menée avec de la psilocybine: http://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/0269881116675513
J’ai cru remarquer que, en occident, les gens qui se consacrent à « l’esprit » ont tendance à laisser leur corps en arrière, à considérer que ce n’est qu’un vaisseau, une coquille de noix, et même quand ils s’intéressent aux médecines traditionnelles, ils vont s’intéresser à l’acupuncture sans prêter aucune attention à la nutrition préconisée par la médecine chinoise, s’ils se passionnent pour le massage ayurvédique, ils négligeront la pharmacopée, etc… L’approche reste marquée par l’esprit capitaliste et patriarcal, c’est à dire foncièrement individualiste, réfractaire à la notion de coopération inter-espèces: coopération entre les humains et les autres « esprits », comme les plantes (et les champi), entre autre. A la rigueur, on coopère entre humains (massage, apprentissage au près d’une « autorité »…) mais pas avec d’autres espèces considérées comme « inférieures ». On doit tout obtenir tout seul à la force du poignet, sans jamais prendre une plante, uniquement via la pratique de ceci cela (méditation, qigong…). On peut manger bio ou du mcdo, ce sera plus ou moins comme du pareil au même, ça ne nous impactera que si on y « croit », ce n’est pas réellement important, ce qui compte c’est bien d’avantage la pratique de ceci cela… Et puis on est très influencé (contaminé) par la psychanalyse et l’on considère nos ancêtres comme d’éternels sources de trauma, plutôt que de chercher à obtenir leur bénédiction… On se coupe ainsi de nombreux alliés, de nombreuses « réponses » à force d’individualisme et de méfiance vis à vis des trucs et des gens non validés par les « autorités », non-validés par des autorisations de mise sur le marché ou par des diplômes!! »
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Une réflexion sur “Seidr – Le chamane et la punk

  1. C’est vrai qu’on fait parfois un peu trop rapidement l’amalgame entre le diplôme et les compétences… ce n’est pas entièrement illogique, car les diplômes devraient avoir pour fonction de sanctionner des compétences, de les confirmer. Il n’en reste pas moins qu’on a des gens diplômés et parfaitement incompétents voire dangereux (dont des médecins), et des personnes qui en autodidacte développent des compétences solides, donc ça mérite un peu de nuance effectivement ! Surtout que les diplômes sont validés par des autorités données dans un contexte politique et social donné. En fait il faudrait faire l’effort d’évaluer les connaissances et compétences à partir des outils critiques (scientifiques, politiques etc) qu’on a et pas seulement à partir de l’étiquette qui y a été apposée… mais ça demande aussi des compétences ça. Par ex si je veux estimer la solidité d’une étude scientifique, la solution de facilité est de regarder qui l’a faite, et là y’a une question de confiance (l’INSERM va m’inspirer davantage confiance qu’une personne isolée qui a décidé de mener un protocole avec peu de moyens et des questions un peu biaisées au départ par ex). Mais en réalité il faudrait systématiquement regarder les méthodes elles-même, la logique employée etc. C’est ce que j’essaie de faire de plus en plus, mais pas facile

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