Journal de transition – Mai

Thèmes :

Approvisionnement
Eau
Hygiène
Travaux manuels
Connexion, déconnexion et isolement
Centrale solaire…

Mercredi 24 mai, 10h45. La Pesse. Grand beau temps.

Un peu la sensation d’avoir le cerveau d’une huître.
Est-ce que je mange assez ? Est-ce que je respire assez ? A 1200m d’altitude ?
C’est peut-être le stress, ou la surconsommation d’énergie pour s’adapter à la situation, ou les deux.
Je dois réfléchir à peu près à tout. Comment je fais pour m’approvisionner ? Je vais faire mes courses où et quand ? Oyonnax ? Saint-Claude ? La petite épicerie du village ? La fruitière ? Au mini-marché des Bouchoux le dimanche matin à 9H (sans savoir à l’avance ce que j’y trouverai ou pas)? Je ne peux pas trouver tout ce que j’aime, ici, tout ce que j’ai l’habitude de manger, tout ce qui est facile à préparer, puisque je sais comment le préparer, puisque je le prépare tout le temps en Haute-Savoie. Habitude/routine efficace = gain de temps et d’énergie. Ce que j’aime le plus, c’est à dire ce que je digère le mieux et ce qui est le plus facile à préparer ou qui ne nécessite pas de préparation, une bonne partie de tout ça, faut l’acheter à l’avance à Annecy, prévoir, s’organiser. Ici je peux trouver certaines choses, à certains endroits. Faut faire 25km pour trouver un supermarché avec un chouilla de produits bio. Le magasin bio le plus proche, à Oyonnax, est plus petit et donc plus cher que les plus grands d’Annecy.

Exemple, en Haute-Savoie, j’aime bien manger de la salade verte, beaucoup de salade verte avec beaucoup de sauce moutarde. Ici, rien que de penser à un éventuel lavage de salade, ça me fatigue. Faudrait au minimum 1L d’eau dans une bassine pour faire un lavage minimaliste de la salade tête en bas dans la bassine. Comme au stage « Vivre Cru » de l’asso Régénère, on lavait les salades en les laissant entières, et en les plongeant et en les secouant énergiquement, tête en bas, dans un seau plein d’eau. Donc ici pas de salade.
Et quand je mange quelque chose d’inhabituel, qu’est-ce qui se passe ? Il y a quelques jours, j’ai mangé des abricots au petit-déjeuner (je voulais petit-déjeuner léger pour pouvoir déjeuner tôt, pour pouvoir partir tôt de Haute-Savoie donc voilà). J’ai douillé pendant 24h, tellement mes dents ne supportent plus l’acidité. Donc faut que je me reconstitue une collection de routines alimentaires compatibles avec mes dents et mes intestins, pour m’assurer un apport calorique suffisant, sans avoir à y réfléchir à chaque repas. Donc c’est compliqué.

Pour simplifier et remplacer la verdure fraîche, comme la salade, il y a la verdure crue séchée:

Faut réfléchir à l’eau. Quand est-ce que je descends au village ? Qu’est-ce que j’arrose ? Est-il vraiment nécessaire de faire la vaisselle aujourd’hui ou est-ce que ça peut attendre demain ? Et la toilette ? Je me lave quelle partie du corps, quand, et est-ce qu’il me reste assez d’eau ? Est-ce que je sors la douche solaire qu’on m’a prêtée et dont le robinet est super dur à manier ?

Je lèche mes assiettes et mes bols pour pouvoir les réutiliser au repas suivant, pour économiser la peine de la vaisselle et donc 1L d’eau, et donc le portage d’un kilo superflu en côte.

Je veux me faire un cacao. J’allume le gaz sous la casserole dédiée au rituel du café et du cacao, casserole coiffée d’un couvercle. 5 minutes plus tard, je trouve que ça sent le chaud. Je n’avais pas vérifié s’il y avait de l’eau dans la casserole. Il n’y en avait pas.

Je viens de changer le sucre de place. Il était dans la table de berger, dans un tupperware, je l’ai mis dans un pot en verre (récupération d’un bocal à haricot verts), dans le placard sous la gazinière, du coup à chaque fois que j’en ai besoin, je me demande où il est. Les rangements manquent. Il faudrait rajouter des étagères à la table de berger, entre autre pleins d’autres solutions à envisager. Un homme bricoleur ferait ça en 10 minutes. Moi, je vais y réfléchir pendant quelques semaines.

Je me sens gourde des doigts. Je découvre à quel point je suis bête des doigts. Les connexions neuronales entre mes doigts et mon cerveau semblent plus ou moins inexistantes. Pour taper à l’ordi, là ça va, mais pour manier un râteau ou juste faire des nœuds avec une ficelle, ça devient compliqué. Je me savais déjà bête de doigts, vaguement, obscurément, là je le constate. Je constate à quel point ça m’handicape. A quelle point mon éducation en la matière est entièrement à faire. C’est humiliant.

Je constate à quel point je ne sais pas planter ceci cela. 5 ou 6 de mes 30 graines de courges ont commencé à lever. Beaucoup se sont fait bouffer aux vers. Pas assez d’eau au bon moment ? Trop d’eau trop tardivement? Trop de terreau (Or Brun spécial potager) ? Ou c’est juste tout le temps comme ça dans tous les jardins ?
Faut tout réapprendre, ou plutôt apprendre d’autres choses, plein, autrement.

Je me fais déjà du soucis pour les rosiers, l’absinthe, la menthe des montagnes et la sarriette plantés hier : est-ce que je vais avoir mis trop de terreau, pas assez de terre ? Est-ce que j’ai choisis des emplacement décents ?

Et les cassissiers qui restent à planter ? A quelle distance je les mets les uns des autres ? Avec quel dose de terreau ? Etc…

Je voudrais m’essayer au bouturage d’églantiers, entre autre. Faut attendre août-spetembre. Après faut attendre de voir si ça prend, ou pas, faut que ça reste au chaud tout l’hiver, donc pas ici, donc en Haute-Savoie, donc c’est compliqué. Vaudrait peut-être mieux que je tente d’en transplanter des tous jeunes, donc faudrait partir en chasse de bébés églantiers dans les bois…

Là en rentrant du point info du village, après ma 1/2h d’internet matinale, j’ai mis un coffre à vêtement en plastique par terre, sous le lit gigogne (lit en hauteur). Il était posé sur le lit gigogne depuis mon arrivée, donc pas du tout facile d’accès (fallait monter sur la petite échelle qui fait mal au pied pour trouver une fringue). J’ai viré un fauteuil pour faire de la place (le fauteuil est maintenant sous le haut-vent, dehors), et j’ai mis le coffre en plastique tout moche à couvercle bleu à la place, là, à 60 cm de ma tête de lit, rien que de faire ça, ça m’a mis en joie. Rendre plus accessible mes vêtements. Je n’ai pas de placard, pas de commode et je n’ai pas vraiment la place d’en amener pour le moment. Tout l’espace serait à réagencer d’un coup.

J’ai mis une ficelle en travers du lit gigogne, sous les lattes du matelas, pour pouvoir m’en servir comme penderie. Déjà rien que de trouver le bon endroit où l’accrocher, essayer plus ou moins de la tendre, pour ne pas que ça pendouille trop, ça m’a pris bien 15 minutes, minimum…

Mais avant de faire tout réagencer (par qui ? Quand ? Comment?), je me dis qu’il faudrait commencer par savoir s’il est raisonnable de mettre un chauffage au bois ici ou pas (savoir où le mettre et agencer l’espace en fonction, tout autour, pour ainsi dire). Un employé de La Pessière, l’entreprise de construction de chalet du coin, nous a dit que bof, non, pas trop, on risque un peu trop de tout faire cramer. Ca m’a un peu cassée. Comme quand le Maire qui nous dit que, en somme, le chalet n’existe pas.
Au magasin Bricomachin d’Oyonnax hier, un employé m’a renseignée vite fait sur les poêles à bois, mais son collègue spécialiste de la question est absent pendant une semaine, faudra repasser pour plus d’info, ou demander à l’accueil les adresses d’artisans qui se chargent de la pose de ces machins, et qui pourraient mieux répondre et… Bref, encore attendre.
Au magasin Bricomachin, j’ai quand même acheté un sécateur. J’allais en prendre un noir à 14 euros quand mes yeux sont tombés un peu plus bas dans le rayon, sur des sécateurs pour femmes, des sécateurs sexistes, misogynes à souhait, roses.

Ca m’a mis la banane, j’en ai pris un rose à 15 euros (le même que le noir à 14, mais rose, donc c’est forcément plus cher, hein). Et c’était un peu comme d’acheter un sécateur à paillettes. Ca m’a mis le sourire pendant bien 10-20 secondes et encore là en racontant le truc, je souris, bêtement, donc.

– – –

Jeudi 25 mai. 8H20. La Pesse. Grand ciel bleu, vent (d’est?).

On se demandera pourquoi je ne vais pas chercher mon eau en voiture. Pourquoi je n’installe pas un gros réservoir de 20L ou 40L ici, que je remplirai avec d’autres bidons plus petits, ramenés en voiture. Pourquoi je fais la corvée d’eau à pied ?

C’est l’orgueil.
L’eau est à environ 1km d’ici, aux WC publics. Je trouverai ça assez honteux de prendre un gros machin d’une demie tonne (la voiture) pour faire un kilomètre, pour ramener 20 ou même 40 litre d’eau, alors que je peux en ramener facile 10 sur mon dos.

Je peux en mettre environ 8 dans mon petit sac à dos à fleurs (un bidon de 5L + 3, voir 4 bouteilles de 1L), et je porte un bidon de 5L dans les bras, et voilà, je ramène facile 13 litres d’eau en 30 minutes. Je trouve ça plus valorisant, plus simple (les gros bidons, ça prend de la place dans 16 m2 ou sous un petit haut-vent et puis une fois arrivé en voiture, faut faire le demi tour pour repartir, et l’aire de retournement n’est pas très maniable).
Et puis je trouve ça plus écolo, non seulement de ne pas utiliser d’essence, mais aussi d’avoir peu d’eau, puisque ça force à l’économiser. Et puis ça fait économiser du plastique. J’ai déjà eu du mal à acheter un arrosoir en plastique, j’en voulais un en métal, mais j’ai pas trouvé, alors plein de bidons supplémentaires…
Je ferai quand même volontiers poser des chenaux raccordées à des réservoirs, pour récupérer l’eau de pluie, pour pouvoir arroser tranquille, mais ça s’arrête là. Même pas des gros réservoirs énormes.

Mais curieusement, quand je dis aux gens qu’ici il n’y a pas l’eau ni l’électricité, tout de suite ils posent la question de l’eau. Tout de suite ils n’ont que l’eau à la bouche, si je puis dire. La peur de la crasse, sans doute. « Comment elle fait pour se laver ? Et vaut peut-être mieux pas trop l’approcher, parce que sans eau courante, forcément on ne se lave pas, on pue, on est une souillon ! ».
Alors que j’ai une gazinière, des casseroles, des bassines, des gants de toilette et du savon. J’ai tout ce qu’il faut pour me laver et avec 3 litres d’eau je me fais un shampoing (alors que j’ai les cheveux longs, je précise, ça a son importance!) et qu’avec moins d’un litre je me lave « l’essentiel », au gant, comme quand j’étais gosse, comme mes parents quand ils étaient gosses et qu’il n’y avait même pas de salle de bain chez eux. Et je fais même bouillir mes gants de toilette pour qu’ils soient bien, bien propres (désinfectés).

La toilette au gant, ça se perd, mais c’est très pratique, très efficace. On ne se lave pas tout à la fois mais on s’en fout. Un genou ou un coude, ça se salit assez peu, au quotidien. Et comme ça, non seulement on économise de l’eau, et c’est bon pour la planète (et dans mon cas, bon pour mon dos) mais on économise aussi notre peau, notre petite couche de sébum qui protège la peau des agressions, de la déshydratation, et ça c’est bon pour la santé dermatologique. La peau n’est pas faite pour être décapée tous les jours.
Bref.

Donc les gens, tout de suite, quand je leur dis « chalet de 16m2, pas d’eau courante, pas d’électricité », ils psychotent sur l’eau.
Alors que moi, ce qui m’handicape le plus, ce qui me fait souffrir et m’empêche de pouvoir envisager une installation ici, en l’état, à l’année, c’est le froid : l’absence d’isolation et de chauffage correct. Mais quand on dit « chalet », on s’imagine peut-être forcément un petit chalet dans les alpages, parfaitement adapté à l’hiver et équipé pour résister aux frimas. Alors que non.

Alors je vais peut-être arrêter de dire chalet et opter pour le mot « cabane ».

Quand il fait 5° ici, je m’en fous sacrément d’avoir l’eau ou pas. J’ai froid et puis c’est tout. Et si j’allume le poêle à pétrole, je gagne au mieux un degré par heure, et il faut aérer toutes les heures, parce que sans ça, ça pue, on s’intoxique probablement un chouilla.

Donc voilà, je vais chercher l’eau à pied et je voudrais une isolation décente et un poêle à bois ou sinon, partir au sud, et surtout plus bas. Rien qu’à Oyonnax, à 25km d’ici, mais environ 600-700 mètres plus bas, c’est déjà moins rude…

Là depuis que je suis arrivée le dimanche 21, il fait très beau, j’ai 14-16 degrés dans le chalet, au réveil vers 7H, deux pulls suffisent, c’est royal. Et le soir il fait dans les 20-22° si je garde bien la porte-vitrée fermée, vu qu’elle est orientée au sud-ouest, elle prend très bien le soleil, ça chauffe impeccable, royal.

– – –

Vendredi 26 mai, 7h15, La Pesse. Grand ciel bleu.
Week-end de l’Ascension. grand ciel bleu, donc moins de calme que d’habitude, forcément. Plein de monde au gîte en contre-bas, du monde arrivé hier après-midi dans la maison d’à côté. Concert de tondeuse l’après-midi, puis de tronçonneuse jusqu’à 19h30 hier soir, jour de l’Ascension. Tout le monde semble s’agiter sous le soleil.
De mon côté j’ai fait du terrassement. J’ai creusé au pied de la dalle. Ca change du pied de la butte.

Le chalet est construit sur une dalle en béton assez haute (posée ? sur les moellons, ou encadrée ? de moellons, je sais pas…, pour une hauteur d’environ 50cm ? J’ai pas cherché la base).

Pour rendre la porte d’entrée plus accessible, on a remblayé au pied de la dalle, on n’aurait sans doute pas dû. Ramener le sol près du bois, ça a ramené la terre humide et la neige contre le bois en hiver, d’où des problèmes d’humidité et de pourrissement du bois aux angles du chalet. Comme on ne peut pas surélever le chalet, je me suis dit qu’on pouvait peut-être rabaisser le sol. Alors j’ai essayé, avec ma serfouette à pointe tordue, et ça a bien marché.

La veille j’ai tordu ma serfouette en faisant je ne sais quoi, peut-être en allant chercher des bébés églantiers dans la pente au-dessus du chalet. J’ai ainsi appris que les bébés églantiers sont des « gourmands », comme pour certains lilas ou les pruniers : se sont les racines d’un grand églantier qui donne des bébés. Alors j’ai ramené des bouts de racines d’églantiers, pas sûre que ça prenne, forcément. J’ai mis ça dans des pots, à l’ombre, dans un mix moitié terreau, moitié terre de forêt, bien arrosé.


Avec mon bermuda, mes pieds nus, mes fringues qui rétrécissent avec mes épaules qui s’élargissent, et ma serfouette tordue, j’avoue je me fais un peu penser à Hulk, j’avoue.

Pour mon terrassement, j’ai passé bien 2-3 heures à creuser, à déterrer des pierres, des petites, des moyennes, des très grosses. J’ai fait un cairn. Et ça, c’est seulement pour le côté sud. Reste le côté ouest et nord. Le côté est, sous le haut-vent, ça va, ça reste sec tout le temps.

Et vers 16-17h, je suis allée chercher de l’eau en VOITURE !

Un de mes rosiers commençait à tortiller ses feuilles, ça a été le signal d’alarme.

Vu que le matin j’avais écrit que c’était surtout l’orgueil qui me faisait aller à l’eau à pied, et vu que c’est pas beau l’orgueil, je lui ai donné un coup de pied où je pense à mon orgueil, surtout qu’il risquait de mettre mes plantations en périls, mon orgueil, avec un soleil pareil, vu que je n’ai pas encore « paillé » mon sol au pied de mes plantations, ça se dessèche vite et faut arroser tant que ça ne s’est pas bien enraciné.
Et j’avais un bidon de pétrole de 20L vide qui attendait d’être emmené à la déchetterie. Je l’ai lavé vite fait et voilà, un bidon de plus.

Je crois que j’ai attrapé un léger coup de soleil sur les épaules.
J’ai travaillé pied nus. J’adore être pieds nus ici. Je vais finir par me transformer en hobbit, les poils en moins, j’espère.
Je rentre je sors pieds nus, quand la température et l’état du sol le permet (je doute que je le ferais après une averse sur de la terre boueuse).

Je me suis fait un bermuda, avec un vieux jean troué, parce que terrasser en pantalon au soleil, ça tape. Du coup je me suis un peu salie les genoux.

Alors après le terrassement, avant dîner, j’ai pris une « douche » avec environ 1L d’eau.

Juste 1L, oui.
Je suis fière (l’orgueil est décidément un bouffe-tout).

Ca faisait 6 jours depuis la dernière douche.

Le matin j’avais vidé mes WC (vidé dans les WC publics du village, pas dans la nature!), et je les avais lavé avec environ 1L (eau bouillante + savon liquide). J’avais fait un shampoing, avec environ 3L… Donc oui il ne me restait pas grand chose pour arroser mes rosiers…

Et oui, c’est possible de prendre une douche avec 1L d’eau, enfin de se laver de la tête au pied (sauf les cheveux). Je me suis concocté un coin douche à l’arrière du haut-vent, avec un pare-vue d’1,5m de haut et 5m de long, en joncs, et avec 2 rondins. Je suis quand même restée accroupie sur un rocher qui affleure à cet endroit, pour pas risquer de finir dans une flaque de boue.

Le coin douche (provisoire, plus tard en juin je découperai le pare-vue pour en faire un sommier):

Pour la « douche », faut juste une bassine, dans laquelle on met l’eau chaude, un gant, du savon liquide. L’astuce c’est de mouiller le gant pour se savonner : on le trempe dans la bassine, on l’essore un peu, on met 2-3 gouttes de savon, on commence à se laver (en frottant bien), et on remet un chouilla d’eau et de savon au fur et à mesure de l’opération sur le gant, pas sur la peau, et on fait bien attention d’utiliser juste le strict minimum de savon, pour pas se retrouver tout moussu. Et on se rince en prenant l’eau dans la bassine avec les deux mains en coupe, plutôt que de se la verser dessus au petit bonheur.

J’avais l’impression d’être une africaine au Sahel.
J’ai fignolé les pieds une fois rhabillée, assise au soleil devant le chalet. Va falloir que je me concocte un bac de douche et se sera nickel… Ou très casse-gueule.

– – –

Mardi 30 mai, La Pesse, 8h25, 18° dans le chalet.
Je suis là depuis le dimanche 21, quasi pas une goutte de pluie en 9 jours (juste 2 ou 3 samedi en fin d’après-midi, avec un temps un chouilla orageux). Je vais m’absenter à partir de jeudi, pour m’occuper de mes impôts et aller au cours de taï-chi vendredi soir, j’espère qu’il pleuvra un peu, sinon va falloir que je revienne très vite pour arroser mes petites courges.
Les rosiers, les cassis, le framboisier et la sarriette semblent bien implantés maintenant. Les boutons de fleurs d’un des deux rosiers se sont décidées à s’épanouir.

L’absinthe, la menthe et bien sûr les semis restent fragiles.

Donc quelques courges ont levées. Je me suis dit que c’est aussi la température qui a dû jouer : il faisait peut-être encore trop frais quand je les ai semées, j’aurais pu attendre 4-5 jours de plus.

Hier au village, il y avait panne d’internet : pas de web au Point Information, pas à la mairie…

J’irai peut-être me connecter à la médiathèque de Saint-Claude, si ça ne revient pas aujourd’hui…

Dimanche dernier, en stationnement chez un cousin d’Oyonnax, j’ai commencé à poster ce journal sur mon blog perso, toute la partie écrite en avril et j’ai déjà envie d’y faire une ou deux corrections.

Hier j’ai acheté des bébés courges à Agrichose, à Oyonnax, et puis à Casino je me suis équipée de lunettes de soleil et d’espadrilles. J’étais en manque de godillots vite enfilés pour traîner autour du chalet.
Donc ambiance plage, avec les lunettes catégorie 3 et les espadrilles rose fushia….

Par un temps pareil, on est forcément pris d’envie de se baigner, et il y a le lac Genin, pas loin… Faudra aussi que je finisse par aller jeter un œil à celui de l’Embouteilleux, nettement plus proche.

Hier, une copine aspie m’a envoyé un petit sms pour me demander si on n’organiserait pas un nouveau café-aspie cette année. On en avait fait un mini en 2015, un en 2016, à Annecy. Là, on va voir, je ne ne peux guère gérer la création d’un « événement » sur facebook. On va voir… Peut-être juste une rencontre à deux !

Je trouve assez fascinant qu’on arrive à me joindre comme ça, ici. J’ai un peu la sensation de vivre dans une dimension parallèle à celle de « avant », comme la sensation d’avoir été effacée de quelque part. Je suis pourtant bien toujours « connectée », mais, en même temps, ailleurs, comme très très loin, avec des préoccupations très différentes de celles que j’ai/avais en Haute-Savoie. Ici je me préoccupe de la pluie, de la direction du vent, de ma réserve d’eau, du chargement solaire de mes outils de connexion…, ah tant que j’y pense ce soir à 19h, il y a une réunion publique aux Bouchoux pour la création d’une centrale solaire coopérative. Je suis tentée. Je crois que ce serait même bête que je n’y aille pas.

Et donc je trouve ça fascinant, que, en somme, on se souvienne encore de moi, qu’on arrive à me « trouver » ici, que j’existe encore « pour de vrai » dans la tête des gens. C’est un peu bête, j’ai quasi mis une annonce sur facebook pour dire que je suis là…, sans parler de ce journal sur mon blog.

Que j’existe donc « sur le réseau », bon, normal, mais « en vrai », et que des gens (hors famille) se servent de mon numéro et que ma compagnie de téléphone arrive à faire parvenir le sms jusque là… J’ai un peu de mal à expliciter la sensation…

Bref.

C’est plus facile de se contenter de creuser.

 

– – –

31 mai, 5h45, La Pesse.
Nuit de merde. Merci période ovulatoire.
La grande différence entre un mec qui raconte sa vie et une nana qui raconte sa vie, c’est que, assurément, jamais un homme ne pourra mettre ses insomnies sur le dos de ses fluctuations hormonales, sauf peut-être en cas d’hyperthyroïdie ? Ce genre de fluctuations…

Une jeune nana insomniaque de 20 ans sera aussi susceptible de passer sous silence ses fluctuations hormonales, ignorante du fait qu’elles peuvent induire des perturbations du sommeil comme de l’humeur…

Faut un minimum d’expérience et de connaissance et de compréhension du cycle pour causer de la chose comme ça. Autrement dit, faut être un minimum vieille. Ou alors être très connectée à son cycle, être très à la page des méthodes de contraception naturelles (symptothermie…), avoir été briefée par des « vieilles » éclairées sur le sujet (pas sous hormones)…
Bref.

Nuit de merde.

J’ai mal aux mains, à force de piocher. Comme une sensation de peau brûlée, et puis des courbatures ?
Hier j’ai entamé un nouveau chantier : rabaisser le sol et creuser une « marche à l’envers » sous l’angle sud-est du toit du haut-vent, de façon à ce qu’une personne plus grande que moi puisse y passer sans craindre de s’y fendre le crâne.
Depuis la construction, on doit se pencher en passant là.

 

Là, on va voir combien je vais pouvoir gagner au total, au final, peut-être bien jusqu’à 15 cm. Ce sera compatible avec une personne de 1,75m, voir 1,80. Voir 1,82 ? Environ. On verra.

J’ai sorti de là une « grosse dondon » qui ressemble à la moitié d’une meule de comté. « Grosse dondon », c’est comme ça que j’appelle les grosses pierres. Celle-ci doit faire minimum 30kg, impossible de la porter. Je peux la soulever un peu, mais pour la déplacer faut la faire rouler. Je vais peut-être en faire un seuil pour la porte d’entrée.

Pour le moment j’ai mis là un vieux tiroir en bois, qui stagnait sous le haut-vent depuis des années (va comprendre pourquoi). Le vieux tiroir était déjà à moitié défoncé, il ne va pas faire de vieux os et puis il n’est guère présentable. Quelqu’un de plus lourd que moi risquerait de passer au travers.

Aujourd’hui, je prévois de finir cette « marche ». Je crois que j’ai à peu près fini de creuser autour de la dalle. Faut voir si je ne vais pas être prise de l’envie de fignoler, d’en enlever encore une couche, de perfectionner.

A l’arrière du chalet, je n’ai pas pu creuser beaucoup, le socle rocheux est tout de suite là. J’ai arraché quelques pieds de silène : c’est fou ce que leurs racines sont puissantes : elles semblent capables de s’insinuer dans les failles du rocher et de le faire péter. On ne dirait pas, comme ça, à voir leurs petites fleurs blanc-gris, toute frêles et évanescentes…

Celui-là, je n’ai pas eu le coeur de l’arracher:

Aujourd’hui, je vais aussi essayer de retourner en ligne. Pas d’internet hier matin ni avant-hier au Point Info. En principe ça devrait être réparé. Ca va peut-être finir par me décider à m’acheter un smartphone. Hier, je me disais que j’allais peut-être viser la médiathèque de Saint-Claude, mais j’ai vérifié les horaires et s’est fermé le mardi… Ouvert le lundi, mais pas le mardi… Et je n’allais pas retourner à Oyonnax pour la 3ème fois en 4 jours, quand même, faut pas abuser des bonnes choses, et puis la médiathèque d’Oyo est beaucoup moins jolie que celle de Saint-Claude. A Oyo c’est « moderne » (modernement moche), à St Claude, c’est l’ancienne Banque de France, c’est du vieux qui a de la gueule.

J’ai aussi des bébés courges à planter. J’en ai acheté 6 lundi.

Vu les prévisions météo, faudra que je m’absente le strict minimum pour vite revenir les arroser ce weekend. Là le ciel est principalement couvert mais la météo ne semble pas annoncer de pluie pour autant.

Hier soir j’ai vu le renard, de près.
Il devait être aux environs de 22h15, je me préparais à me coucher, je me massais les mains à l’huile et à la crème hydratante, devant la porte vitrée, toute lumière éteinte, en regardant le paysage dans le crépuscule et j’ai vu un animal, dans le champ, en train d’approcher de la butte. Je me suis demandée si c’était un chien, le renard, un très gros chat ? Et puis j’ai distingué la pointe blanche au bout de la queue. Ah ! Le renard ! Il est venu renifler la butte, renifler les pierres que j’y avais installées dans l’après-midi. Comme un inspecteur des travaux finis, ou en cours. Je m’en suis voulu de n’avoir rien mis dehors pour lui. La veille j’avais laissé quelques restes de sardines en boîte sur le composte, mais je ne mange pas de sardines tous les jours.

Oui, j’ai un composte. Pour le moment c’est juste un tout petit bout de terre mise à nue, surtout pour mes peaux de bananes et mon marc de café.

Ah et je suis bien allée à la réunion d’information sur la création d’une Centrale Solaire Villageoise, hier soir aux Bouchoux. J’avais loupé celle de La Pesse. Ca me fait halluciner de voir ce genre d’initiative ici, dans un trou paumé et pas en Haute-Savoie/Savoie. Dans le parc des Bauges, ils auraient pourtant sûrement une réserve suffisante de citoyens motivés. Voir www.centralesvilageoises.fr

Ca me semble de bon augure pour moi, la naturo. C’est le genre d’initiatives qui me laisse penser qu’une naturo pourrait avoir sa place ici, plus qu’ailleurs. Ca me donne envie d’investir dans quelques parts.

J’écoute France Inter en écrivant ça, on y annonce que le réseau Biocoop lance une campagne pour faire entendre ses 21 propositions pour une alimentation bio moins chère, dont une baisse de la TVA pour le bio local, et une augmentation de la TVA pour le non-bio/non-local, pour améliorer l’alimentation des français, réduire les coûts de santé liés à la malbouffe… Tout ça tout ça… Trop cool. J’avais mentionné une idée de ce genre dans la partie « Politique » de mon mémoire. Les grands esprits se rencontrent.

– – –

Et puis le 31 mai, vers 11h, je me suis écrasé le petit doigt avec ma grosse dondon… J’avais décidément les mains fatiguées, la grosse dondon m’a échappée alors que j’essayais de l’installer bien « là » contre les moellons et elle m’a écrasé le doigt contre un moellon, pour m’apprendre que quand on est fatigué, on ferait mieux de s’arrêter (entre autre).

J’avais quand même bien avancé…

Du coup j’ai découvert le Relais Santé de La Pesse et l’une de ses internes, et puis le médecin « vieux de la vieille » qui te raconte comment il s’est jadis arraché un ongle en montant un mur en pierres sèches, quand toi tu t’es « juste » cisaillé un bout de peau, décollé et fendu l’ongle dans le sens de la longueur et mis un bout de matrice à nue…
Bref, c’est pas grave, faut juste attendre que ça cicatrise (3 semaines plus tard, ça cicatrise bien mais l’ongle ne s’est pas encore décidé: tombera, tombera pas?).

Et en vrac:

Quelques uns de mes voisins:

Mes ampoules éclatées:

Je ne le savais pas encore mais le plancher vivait ses derniers jours:

La suite au prochain numéro…

 

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