Les Horizontaux

On les emmène en voyage avec soi, ils tiennent dans la poche, dans un lecteur MP3. Ainsi, on les entend partout. Ils traînent toujours avec nous, comme on a pu jadis traîner avec eux.
Assis sur des trottoirs, à la porte des bars, verres et clopes à la main. Ils ont montré tous les mauvais exemples, ils ont eu toutes les mauvaises idées, et on les a suivis, parfois.
Ils entonnent des chants dans les bars bondés, des chansons qu’il ne faudrait pas chanter, ils portent des chemises trop blanches ou bien des pulls troués. Ils sont toujours plus ou moins fauchés, ils draguent des filles qu’il ne faudrait pas, ils parlent mal à celles dont ils devraient prendre soin.
Ils ne se révèlent jamais mieux que couchés, après avoir roulé par terre comme des barriques bien pleines, ou sur leur canapé-lit, titubant encore, imbibés, même à quatre pattes.
On est sévère avec eux, ils le méritent bien.
Pourtant, on les écoute encore, on se souvient, le sourire aux lèvres.
On aimerait revenir en arrière. On regarde le signal d’alarme du train TER dix-sept mille machin. Le train de la mémoire est plus conciliant, lui.
Mais on vieillit, diraient-ils, on a vieilli. On s’est assagi, ou bien l’on a viré comme un mauvais vin, selon.
On est bien sévère, parfois un peu amer. On reste astre noir et furtif qui passe en périphérie, trop vite pour être saisi, trop près pour ne rien voir.
On est passé, on s’est frôlé. On a marché les uns avec les autres, en troupes désordonnées, on a fait du raffut, à trop se frôler, à trop s’échauffer, à trop s’effrayer.
C’est à celui qui dit le plus d’horreurs, c’est à celui qui va le plus loin dans la nuit, sans revenir.
On aimerait qu’un train nous ramène à ces soirs-là. Ils nous attendraient sur le quai, ils nous diraient à peine bonjour, il n’y aurait qu’à les suivre, à contre-courant.
Toujours à contre-temps, une mesure manquée, tout inverser. Prendre à rebours, ne jamais s’y retrouver, décrocher, tout lâcher. Partir trop tard, user la compagnie jusqu’à la corde.
Ils restent tel un horizon, en arrière, qui ne s’efface jamais tout à fait. On s’éloigne, ils restent en chanson, lointain sonore.

 

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