Tranche de vie

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Extrait d’un journal datant de quelques années:

« … Il fait frisquet, il n’y a personne, j’allume le radiateur sous une fenêtre et me colle contre pour lire. Dix minutes plus tard, entre D. qui fait remarquer que cela sent le radiateur qui chauffe. 
Moi: « Oui, et qui chauffe bien! ». 
Il s’installe à sa place habituelle, en bout de table, et commence à jouer une chanson en anglais qui fait « 1, 2, 3, can I bring my friend to tea… lala… I love you… ».
Puis entre C. qui dit je ne sais quoi exactement, sa voix à l’autre bout de la pièce étant couverte par la guitare à deux mètres de moi, quelque chose comme: « Ca sent le chaud… radiateur qui chauffe » et D. de rétorquer: « Oui, c’est le parfum de Caroline ». 
Je ris, bien sûr. »

En ce moment je tente de reconstituer une sorte d’historique médical. Après avoir épluché mon carnet de santé, mes agendas, j’en viens aux journaux intimes. Je range tous mes symptômes, mes traitements, dans un tableau. En matière de santé, il est beaucoup question de douleurs aux hanches, aux genoux, aux mains, au dos, de fatigue, de froid et d’insomnies et je constate que le 3ème rappel de vaccin contre l’hépatite B précède de 5 jours un début de maladie de Raynaud. Je trouve ça passionnant et mes journaux sont une mine de souvenirs plus ou moins amusants, grinçants, affligeants, drôles… Cela me rend nostalgique, j’ai la sensation d’avoir 15 ans.

A une époque, je sortais beaucoup, je promenais partout mes cahiers Moleskine, même au travail, c’était très imprudent, tout le monde me voyait écrire tout le temps, même dans des salles de concert très sombres ou dans des bars et ceux qui savaient que j’avais un blog craignaient peut-être plus ou moins que je ne me serve de mes archives, un jour où l’autre.
Un soir où j’avais une conversation avec une vague copine, elle ponctua l’une de ses phrases d’un gentil: « Ca, tu ne le racontes pas sur ton blog, hein?! ».
Cela m’avait surprise, presque offusqué. Nous étions à Annecy, or j’avais peu l’habitude de raconter des conversations annéciennes dans mes blogs, voyons! Du moins il me semblait que je n’y relatais jamais rien de « privé »… J’avais une notion relativement « floue » du « privé », il faut peut-être en convenir… Bref, à la rigueur, parfois, oui, une aventure grenobloise, souvent teintée d’auto-fiction, pour que les chats n’y retrouvent surtout pas leurs petits…, mais les annéciens étaient relativement épargnés par mes jeux de sauvage blogueuse.

J’étais une affreuse graphomane.
Et puis j’ai arrêté le gluten en 2011, mon cerveau s’est quelque peu désenflammé (au sens propre et figuré) et le rythme auquel je remplis mes cahiers moleskine a considérablement chuté, je n’écris plus d’auto-fiction, je ne vais plus faire la punk dans les Bauges ni à Chambéry ni à Grenoble ni nulle part.
Je ne sors plus boire des bières sur des bancs le soir, ni avec la jet-set annécienne, ni avec les réacs grenoblois.
Je suis bien trop fatiguée pour sortir boire le soir.

En mai 2014, le weekend de la fête des mères, j’avais participé à un barbecue familial, dans un jardin, au soleil, en compagnie de gens tout à fait comme il faut, normaux, ni jet set ni réac, ni punk, ni « zicos », ni trop jeunes pour moi, ni trop vieux, ni ivre, ni ceci cela. Des gens sympathiques.
Je me souviens que les « punks » m’avaient alors vivement manqué, du moins ces gens un peu marginaux, « alternatifs », qui font – ou du moins écoutent, beaucoup de « bruit » en dilettantes avertis (pas nécessairement du punk, d’ailleurs), qui traînent dans des « camions » tard le soir pour fumer ou manger des trucs pas comme il faut, ou bien qui traînent dans des bars tard le soir et qui en sortent très ivres, en chantant de vieilles chansons de mousquetaires… Des exaltés.
Ce jour de fête des mères « comme il faut », j’avais souhaité voir arriver des gens avec des packs de bières XXL, des filles gothiques trop maquillées, des garçons en treillis ou en slims, une sono electro-dark-rock, des blagues salaces sur les frites ou les saucisses, des clopes qui n’auraient pas été des clopes, beaucoup de jurons, des humeurs dépressives agitées de musique trop forte…
Hier, à un barbecue similaire, avec des gens pourtant un peu moins « comme il faut », un peu plus alternatifs et originaux que la moyenne, les « punks » m’ont encore manqué.

Voilà, désenflammée que je suis, il ne reste guère que la fatigue.
Je n’emmène plus mes carnets Moleskine partout, je ne prends plus de trains, je vais me coucher tôt, je bois parfois de la chartreuse ou du vin bio mais tout juste pour m’égailler un peu, les concerts commencent trop tard pour que j’y assiste, je teste la mélatonine pour mes troubles du sommeil.

« P. trouve que je respire le 17ème ou le 18ème siècle.
L. ce matin, reprenant ce thème, s’est exclamée « Tu m’as menti! En fait tu es arrivée ici dans une machine à voyager dans le temps et tu viens du 18ème ou 19ème siècle! ». 
F. qui lui avait dit qu’elle trouvait que je ressemble à un vieux meuble! Cela me va à ravir! »

A vrai dire, j’aimerais tout de même être un peu moins fatiguée qu’un vieux meuble du 18ème.

 

 

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