Le sentiment amoureux

dusk

En ce moment, je me relis. J’ai envie de remettre en ligne certaines nouvelles qui s’étaient perdues dans la disparition des blogs qui les hébergeaient. Je relis le pdf du recueil que je mettrai en ligne ici tout bientôt.
Là je suis dans « Dusk City, Arizona Bay », j’aime beaucoup ce passage:

Les gens font beaucoup trop cas de cela, le sentiment amoureux. Il fait l’objet d’une sorte d’idolâtrie bien mièvre. Avoir de la sympathie pour quelqu’un, voilà l’avant-garde de ce sentiment, le parfum qui en annonce la venue. Il suffit de se laisser aller, se laisser aller à ce penchant, cette pente bien naturelle et nous voilà tombé, au sol, ancré, attaché à l’autre, amoureux. Ce n’est pas bien grave On peut tomber bien des fois, encore et encore, et à chaque fois ne jamais s’en remettre, y rester, et pourtant tomber encore et encore. C’est une dégringolade sans fin, un cœur qui se fend toujours un peu plus à chaque fois, à l’infini, qui s’épanouit, en vérité, telle une fleur qui n’en finira jamais d’éclore.
[ici, le cœur de l’histoire, si l’on peut dire]
On peut vouloir l’occulter, ce sentiment; la douleur peut parfois nous faire croire qu’il s’en est allé, mais ce n’est qu’un nuage sombre qui nous le cache, comme une colère ou une peur, entre nous et l’être aimé. Ce n’est pas vraiment un sentiment, d’ailleurs, ou bien le seul qui existe, c’est d’avantage un état, une disposition naturelle que nous avons d’aimer, comme un petit mécanisme en nous, une petite boîte à musique qui tourne sans cesse en nous, en un mouvement perpétuel, acausal, qui s’entretient lui-même, qu’il n’y a pas à remonter, contrairement à tous ces foutus coucous, mais simplement à écouter. Telle ou telle personne nous en révélera un jour la mélodie, le rythme, puis telle autre personne… On pourra croire que ce sont elles qui nous jouent cette mélopée et que, si elles disparaissent ou nous enlèvent leur affection alors cessera la musique. Alors que non! Celle-ci continuera de couler de nous, en nous, toujours. Et alors un éclat de soleil dans l’œil d’un chat ou le grain de la peau d’un homme suffiront à nous faire à nouveau tendre l’oreille, entendre, écouter et chantonner en chœur… Nous chantonnons en chœur avec l’Amour quand nous aimons, avec l’Ordre des choses, le Divin… Ah! Vous devriez lire les stoïciens! Je vous recommande à Marc-Aurèle!
Parfois vous avez la sensation que c’est un tambour qui joue à votre oreille ou bien dans votre tête… Imaginez ce mécanisme, cette petite boîte à musique, imaginez que vous soyez minuscule, une fourmi égarée à l’intérieur même de la boîte : quel vacarme cela ferait!
Et parfois, la boîte est posée sagement sur une table devant vous ou bien dans la paume de votre main, ou encore dans un coffret de verre fermé à clef… Que de possibilités! Et toujours cette petite musique entêtée et légère, si entraînante! Mais que de façons de la percevoir, tantôt votre oreille collée contre elle qui emplit tout l’espace, tantôt lointaine, cachée dans une pièce secrète…
Souvent, la plupart du temps… On ne fait pas attention. On rencontre quelqu’un, on le trouve « sympathique » et puis on pense à autre chose, on fait autre chose, on ne fait pas attention mais si l’on fait preuve d’une véritable attention, d’une attention compatissante envers cette personne, qu’on se montre attentionné à son égard, alors il nous semblera soudain assister à l’éclosion d’une fleur. Cette personne ne changera pas, objectivement, mais la perception que nous aurons d’elle changera et nous la révélera, dans toute sa complexité, dans toute sa richesse. Nous serons amoureux. Et cela n’est vraiment pas grave car cela dure toujours. Nous avons tout le temps pour apprendre, apprendre à aimer, à chantonner en rythme…
Ah! Tout ce petit discours fait de moi une jolie péronnelle! Mais je peux me le permettre, après tout je suis un fantôme! »

Ps: « Dusk City, Arizona Bay » est à retrouver dans le receuil « Dix Torsions », ICI !

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