Le bad trip, ou comment travailler avec des psychédéliques

Illustration du « bad trip » et de l’attitude à adopter quand on y est confronté.

Texte sous les illustrations.

meditation bouddha mara 3

Le bouddha Shakyamuni; les éléments extérieurs évoquent la tentation par Mara.

Le bouddha Shakyamuni; les éléments extérieurs évoquent la tentation par Mara.

Meditation bouddha mara

 

Mise en garde: ce texte est une tentative de synthèse de diverses lectures, de diverses connaissances…

L’utilisation récréative des psychédéliques et la désinformation dont ils font l’objet sont particulièrement propices au « bad trip », expérience qui peut survenir dans le cadre de la consommation de PDL, et qui peut être plus ou moins douloureuse sur le plan psycho-émotionnel, effrayante, voir potentiellement traumatique dans les pires cas, surtout en cas de mélange de substances, surdose, environnement sensoriel violent (concert…), ou insécurisant sur le plan psycho-émotionnel (présence de personnes non-bienveillantes, non-averties, inexpérimentées…).
Par ailleurs, la recherche actuelle sur les psychédéliques se focalise sur leur effet sur l’encéphale, sur les neurones, sur les récepteurs à la sérotonine… La recherche base ses études sur la croyance que la conscience est basée dans le cerveau: si quelque chose modifie l’état de conscience, on étudie donc son effet sur le cerveau. Or des neurones, on en a partout, la sérotonine est principalement synthétisée et utilisée dans le système nerveux entérique (intestins) et le système nerveux est en lien étroit avec le système immunitaire et endocrinien. Quelque chose qui influence l’un ne peut qu’influencer les autres. Et qu’est-ce qui prouve que la conscience soit vraiment basée « dans » le cerveau?! Les expériences de mort imminente (en état de mort cérébrale) tendent à remettre cette notion en question…

Un utilisateur « récréatif » qui s’attend à ce que la substance consommée ait un effet purement « fun » aura d’avantage tendance à interpréter toute expérience psychédélique « non-fun » comme « bad ».
Un « trip » peut être pour le moins rock’n roll, un grand huit avec de grands hauts planants, divins, et de grandes descentes effrayantes et/ou douloureuses. Un utilisateur non-averti, en cas de trip dur à vivre,  aura d’avantage tendance à paniquer, à se crisper, à chercher à résister… Ce qui aura tendance à empirer les choses.

Les psychédéliques sont susceptibles de nous confronter à notre ombre (voir C.G. Jung), à nos pires peurs, à nos noeuds névrotiques et autres blocages énergétiques. Leur fonction est de dénouer les noeuds, de nettoyer les canaux de circulation de l’énergie (hypothèse de travail perso actuelle: sur le plan physiologique, ils pourraient être des « adaptogènes » surpuissants et agir probablement autant aux niveaux nerveux, qu’endocrinien et immunitaire, ces trois « systèmes » fonctionnant intimement main dans la main), leur fonction est cathartique, ils œuvrent à la métanoïa, à l’individuation, à la mue, à la guérison (au niveau physiologique: avec « purge » éventuelle du système digestif, activation des lymphocytes/macrophages…), pour peu qu’on le leur permette, qu’on leur laisse le champs libre, qu’on accepte de faire face à ce qu’ils font surgir et qu’on accepte d’être traversé par l’expérience, autant que de la traverser.

Sur le plan physiologique, la crispation brûle de l’oxygène et des calories au niveau musculaire, autant d’oxygène et de calories qui ne peuvent alors être utilisés à autre chose (sur-activation des systèmes de transmission de l’information du corps: systèmes nerveux, endocrinien, immunitaire).
Ainsi, le rire, de part le travail musculaire qu’il induit, permet de faire baisser la pression, de calmer le trip, par exemple quand la « montée » est violente. Rire revient aussi à « recracher » le trip. C’est ce qu’on aura volontiers tendance à faire si l’on consomme le psychédélique en société: il va éventuellement nous mettre dans un état potentiellement embarrassant (quand il est de type orgasmique), difficile à assumer lorsqu’on est en compagnie de simples « potes ». On estimera peut-être que « il vaut mieux en rire » plutôt que de se laisser aller à vivre pleinement la sensation.
En cas de vécu moins agréable, voir douloureux, effrayant, la réaction spontanée d’un non-averti risque aussi d’être une forme de crispation. Les muscles se tendent, se contractent. L’expérience est comme mise sur pause, un peu comme si on mettait un film sur pause au « pire » moment, quand le monstre surgit de l’ombre. On reste bloqué sur cette image, on se focalise dessus et on ne va pas plus loin, on loupe la fin. On ne verra pas qu’il s’agit d’un dragon que le héro va réussir à apprivoiser, qu’il finira par pouvoir voler sur son dos (dragon = kundalini).

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Chercher à se détendre profondément, à détendre chacun de nos muscles laisse le champs libre au psychédélique. Il oeuvre, il nous remue, nous fouille jusqu’au fond des tripes, nous montre ce qu’il trouve, et on observe, on ressent, on regarde tout, jusqu’au bout.

Ritualiser l’expérience, poser une question, faire une demande (guidance, guérison…), ainsi qu’une prière de protection (à adresser aux guides, aux esprits protecteurs/alliés/ bienveillants, pas juste à n’importe quel esprit qui passe), quand bien même quelque chose d’extrêmement rudimentaire (avec utilisation d’encens, de parfum naturel, d’huiles essentielles, d’un tambour… pour « matérialiser » le rituel, l’ancrer), pose l’expérience à l’intérieur d’un cadre rassurant, d’une structure définie, voulue, choisie, respectueuse. Un rituel est quelque chose qui a un début et une fin, une fonction, un sens. En cas de vécu pénible, on sait que cela est temporaire, que cela sert à quelque chose (initiation, guidance, guérison…). Cela peut aider à la détente. La prière de protection a aussi une fonction rassurante. C’est un peu comme d’avoir un chien de garde à la maison. La ritualisation permet de poser l’intention qui motive l’expérience, intention qui est aussi importante que de s’assurer que la pièce est bien aérée, ni trop froide ni trop chaude, correctement éclairée (lumière tamisée), qu’on a de l’eau, un crayon et un papier à porter de main, etc…
Prononcer certains mots à voix haute peut aussi aider (« ceci est un rituel, pardon, merci… »).
En se concentrant sur nos sensations, on sera susceptible de sentir à quels endroits du corps les PDL agissent plus particulièrement (une articulation douloureuse, une glande/un « chakra »: système génital, thymus…).
Un utilisateur averti, correctement renseigné, informé, utilisant une dose appropriée, dans des conditions appropriées, etc., pourra gagner à faire l’expérience seul plutôt qu’accompagné d’autres personnes, surtout s’il s’agit de personnes non-averties, non-respectueuses, en quête de fun, etc. Un « sitter » (accompagnateur « sobre ») quand bien même bien intentionné mais non-averti sera susceptible de rajouter de l’anxiété, d’être source de distraction, d’interprétations erronées, plutôt que d’être un soutien, une présence neutre et rassurante.

Le trip est à l’intérieur.

Quelques ressources: http://maps.org, des témoignages d’utilisateurs sur youtube ou ailleurs: Paul Stamets, Jeremy Narby, Amélie Nothomb…, les forums de discussion…

Addendum du 23 mars 2017: pour aller plus loin, voir aussi mon article « Psychédéliques et immunologie ». Extrait: « Certaines publications commencent à explorer la possibilité que ces psychédéliques tiennent certains de leurs effets thérapeutiques de leur action potentielle sur le système immunitaire, système immunitaire qui est autant un système de « nettoyage » (détoxination), de réparation, de défense (lutte contre les infections), que de régulation du système nerveux. »

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