Séquelles et oubli de soi

melting-girl

Hier soir j’ai fait un truc de fou: j’ai regardé un film. Oblivion (qu’on peut traduire par « oubli »), avec Tom Cruise. Ca a fini un peu après 23h (il me fallait au moins un Tom Cruise pour me motiver jusque là, mais bon, un Colin Firth l’aurait fait aussi). C’est loin d’être un grand film, le scénario est un chouilla creux, mais bon, ça me rappelle que ça fait un moment que je veux faire un petit point sur ce que j’ai vécu ces derniers temps, disons depuis un an.

Il y a un peu plus d’un an j’ai mis un terme à une relation amoureuse, c’était mi-octobre 2014. J’étais dans un état d’épuisement avancé, et trois semaines plus tard, début novembre, j’ai commencé à avoir des spasmes intestinaux (paye ton stress psycho-émotionnel). Ca faisait plusieurs semaines que mon transit avait commencé à flancher quelque peu et quand les spasmes et les douleurs au niveau de l’appendice sont apparus j’ai eu un peu la trouille de finir à l’hôpital, avec un appendice en moins. Donc j’ai fait ce qu’il fallait pour soigner mes intestins, pour soutenir le transit (merci aux lavements au café vert) et pour trouver les aliments qui aggravaient, ou pas, la situation.
J’en suis arrivée à supprimer les céréales, les légumineuses, les fruits à coques et toutes les graines non germées, et pour finir même les pommes de terre.
Tant que je m’en tiens à ces évictions, que je consomme beaucoup de fruits et légumes (bio), que je fais ce qu’il faut pour soutenir le transit (merci à la chlorella, aux EM (d’EM France), à l’Hépar) et que j’évite l’alcool, j’ai presque la sensation d’avoir un ventre normal, alien-free. C’est une nouvelle alimentation pour moi qui m’était habituée à un végétalisme « juste » sans gluten et j’ai du mal à m’y adapter, j’ai encore du mal à manger des quantités suffisantes de « verdures » pour avoir un bon apport en acides aminés et, résultat: j’ai des envies de viandes séchées et j’ai dû renoncer au végétalisme strict (parait qu’il est bon de s’écouter) et opter pour un flexitarisme léger (je dois tourner autour des 95% d’apports caloriques sous forme végétale).
J’ai fini par aller voir mon médecin, tout de même, au bout d’un an de symptômes, juste pour être sûre: le bilan sanguin et l’échographie sont normales, c’est donc bien très très probablement « juste » un syndrome du côlon irritable, avec l’option « tendance à la constipation ». Selon ma compréhension actuelle des choses, vu l’état encore un peu perturbé de ma flore « intime » (près d’un an et demi après le retrait du stérilet, c’est toujours « perturbé », youpie – voilà, c’était la minute glamour), il y a probablement aussi un déséquilibre de la flore intestinale (le stress ayant pu déséquilibrer le microbiote), peu-être un petit « SIBO » (small intestinal bacterial overgrowth), qui irrite la zone de la valve iléo-caecale, vu que la prise d’huile essentielle d’origan compact (antibactérienne, bien diluée dans de l’huile végétale sinon ça brûle), par voie orale, calme très efficacement les choses, si je remange des chips ou des frites, par exemple.

En plus des grosses modifications de mon alimentation, il y a d’autres choses qui ont changé. Par exemple je ne peux plus dormir allongée sur le côté gauche. Quand je m’allonge sur le côté gauche, j’ai l’impression d’avoir comme un caillou au niveau du cæcum, comme suspendu à la hanche droite et qui pèse, c’est inconfortable-perturbant, alors j’évite, alors qu’avant j’aimais bien alterner, dormir d’un côté, de l’autre, c’était sympa. Mais non, je ne peux plus.
Mon rythme de vie a aussi changé. J’ai tendance à me coucher globalement plus tôt qu’avant. Pendant plusieurs mois, c’était tout simplement parce que j’étais devenue incapable de « veiller » au-delà de 21h-21h30. Il a fallu que j’attende le mois de mai, environ, soit 6 mois de repos, pour pouvoir à nouveau regarder un film en entier le soir à la télé, et seulement une fois de temps en temps.
Depuis 2-3 mois, je recommence à pouvoir « veiller » un peu plus souvent, un peu plus longtemps, mais j’évite globalement de le faire parce que sinon je mets 2 jours pour m’en remettre.

Si j’en suis arrivée là, je résume ça en disant que c’est parce que je m’étais beaucoup « oubliée ». J’ai passé des mois à faire comme si ce n’était pas si grave de négliger mes petites limites physiologiques, ou du moins j’en étais désolée mais je le faisais quand même. J’essayais de les « repousser », j’essayais de pousser des murs. Ca n’a pas marché, j’ai juste réussi à m’épuiser à force d’obstination. Je peux être extrêmement obstinée, volontaire, à fond. Je me disais qu’il y avait une chance pour que je finisse par m’adapter à ces nouvelles conditions de vie (la « vie commune »), à la longue, à force d’essayer. Bah non.
J’étais motivée, à fond.
J’ai compris que l’amour n’est en aucun cas une énergie, que c’est au mieux un stimulant qui nous permet de puiser dans nos ressources, comme l’adrénaline va transformer une petite mère de famille chétive en Hulk si son gosse se retrouve coincé sous une voiture. Mais après avoir soulevé la voiture et sorti son gosse de là, il faudra qu’elle se repose et qu’elle mange copieusement, vu que l’adrénaline aura « brûlé » toutes ses réserves de glycogène.
L’amour n’est pas du glycogène.
L’amour ne remplace pas le sommeil, ni le soleil, ni la solitude.
Je savais déjà que pour moi la solitude vient toujours en soulagement des interactions sociales, aussi agréables fussent-elles, mais là j’ai bien eu l’occasion de comprendre, de bien « acter » pourquoi: la solitude est pour moi un besoin physiologique, assez énorme, au même titre que le sommeil, le soleil, ou qu’une alimentation riche en micronutriments.

Ces derniers temps, je recommence à oser re-tester mes limites, je recommence à aller les tâter du bout des doigts, précautionneusement. Par exemple, récemment j’ai eu l’occasion de constater à quel point je suis devenue une traumatisée du partage de lit, séquelle de nombreuses semaines passées en mode « déprivation de sommeil »: si vous voulez faire grimper mon cortisol en flèche, forcez-moi à passer une nuit avec quelqu’un, dans le même lit, sous la même couette. Même avec des bouchons d’oreille, je ne serai pas loin de la crise d’angoisse, du « meltdown » autistique. Tous les stimuli sensoriels générés par un dormeur à côté de moi (tiraillement de la couette, mouvement du matelas, bruit de respiration, voir ronflement…) ont tendance à être comme amplifiés par l’obscurité et la fatigue, résultat: je mets une éternité à m’endormir et je me réveille à tout bout de champ, résultat: nuit pourrie et lendemain laborieux.

Je remarque que j’ai la fâcheuse tendance à oublier ce genre de choses. J’ai la fâcheuse tendance à m’adapter aveuglément, spontanément, à toute situation dans laquelle je me retrouve. Spontanément, je m’oublie, j’oublie mes limites, les murs, la physiologie, surtout les petites particularités de la mienne, autrement dit tout ce qui fait que je suis moi, mon identité et, résultat: boum.
Ah! Il y a un mur, là! Merde, j’avais oublié.

Dans ces conditions, je me demande un peu comment ça va être possible de retrouver une vie amoureuse. Je me dis « on verra bien », je suis loin d’être devenue une amouro-sceptique… Mais va peut-être falloir que je me fasse des pense-bête, des petits post-it sur le frigo, genre:

Murs-corps-moi
Soleil
Solitude
Micronutriments
Calme
Sommeil
Murs-corps-moi

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