Le groupe et le bateau ivre.

ballet

 

Ecrit dans le train en gare de Grenoble, après le dernier café aspie qui s’y est tenu le samedi 28 novembre:

Je suis vraiment une grosse handicapée. Passé 2h30 au resto l’A Propos, à un café Asperger, rencontre très bien organisée, très bien animée [14 participants] et incapable de piper un mot, sur un sujet sur lequel j’aurais tout de même 2-3 brins de choses à dire [la relation amoureuse].
Quelques uns parlent, à droite, à gauche et je pense qu’avant même de me décider à m’asseoir j’en avais déjà le tournis. L’effet complètement désorientant, lobotomisant du groupe. Mais pourquoi est-ce que je m’impose ça? Pourquoi est-ce qu’à chaque fois j’oublie complètement, ou quasi, à quel point c’est dur? C’est qu’un instinct grégaire doit tout de même remuer en moi, me remuer. J’ai bien une vraie motivation, une vraie envie d’aller à la rencontre de l’autre, d’aller écouter des avis différents des miens, moi et ma soif de stimulation intellectuelle, et puis ce besoin de chaleur humaine, de partager un moment de… Euh… Convivialité?
Mais s’il y a bien une part agréable à l’exercice, il y a ce gros problème qui empêche une participation active: mon cerveau qui chope le mal de mer à force de tenter de suivre les échanges: tourner la tête à droite pour regarder telle personne qui parle, puis à gauche, puis devant, et celui-ci est à 2 mètres, celui-là à 4, celui-ci parle bas, celui-là fort et qu’aurais-je à répondre à ceci? On s’en fout: quelqu’un est déjà en train de parler de quelque chose d’autre…
Parfois je me dis que ce genre de situation serait plus simple si j’étais aveugle, avec une bonne excuse pour regarder dans le vide devant moi sans en démordre, en ayant d’avantage de « bande passante » à consacrer au traitement de l’info auditive/cognitive.
Ah et si je pouvais me permettre de rester impassible. Je me force beaucoup à sourire. Je veux paraître joyeuse et amicale puisque j’ai plaisir à être là et que je suis probablement entourée de gens sympa, je ne voudrais pas donner l’impression de m’emmerder autant qu’une porte de prison [on reproche plus volontiers à une femme son apparente « froideur », ça choque ça « refroidit » d’avantage que l’impassibilité masculine qui sera plus volontiers associée à du calme et à du sérieux qu’à de la « froideur »]. Sauf que ça aussi, ça prend de l’énergie: avoir l’air ou en tout cas essayer d’avoir l’air aussi avenante que possible, en accord avec mon humeur. Accorder la « façade » à l’état intérieur est une gymnastique extrêmement épuisante et le pire c’est que je doute beaucoup que les résultats soient ne serait-ce qu’à peu près correct.

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