Non-agir ou laisser-aller

yoga-tarah plavic

Le Non-agir, c’est l’arbre qui grandit sans bouger, qui change toujours en accord avec son essence et les saisons, qui tient, résiste et laisse ses feuilles flotter au vent, qui cherche en haut le soleil autant que l’eau sous la terre, il se laisse advenir, endure et fleurit. L’arbre en modèle du Soi, de l’Etre. Le non-agir taoïste en terre promise, le laisser-aller comme écueil sur la route…

En ce moment je suis en plein dans la définition et redéfinition de mes limites: ce que je veux, ce que je ne veux pas, ce dont j’ai besoin, envie, ce que je désire et désire éviter, ce dont je suis capable maintenant, ce dont j’aimerais devenir capable un jour, mes incapacités, mes handicaps, mes difficultés, mes failles, les trucs à apprendre, à peaufiner, mon corps et sa physiologie, la direction à prendre.
Une vaginose bactérienne doublée d’une candidose (« vaginale ») aident bien à voir à quel point la façon traditionnelle de vivre l’amour et le couple incite à rogner sur nos besoins et sur notre santé (surtout quand on est une femme « bien élevée », je trouve), à quel point l’amour, au prétexte de don de soi rime trop souvent avec oubli de soi, au prétexte de focalisation sur le coeur rime avec négligence du corps, au prétexte de compréhension rime avec sur-interprétations, au prétexte de lâcher-prise rime avec laisser-aller…

Je peux donner l’impression que je cherche à tout maîtriser, que j’ai un désir de « pureté ».
C’est manquer de vision, c’est s’arrêter à des interprétations psychanalytiques usées, essoufflées,non seulement partielles mais franchement mutilantes.
C’est fou à quel point la pensée psychanalytique – foncièrement athée et misogyne, a gangrené l’esprit du commun des mortels, même des plus « spirituels » et « féministes », même le mien, si bien que je ne tique pas toujours, sur le coup, à entendre tel mot, telle idée: mon esprit est si accoutumé à cette façon de pensée – vu que, comme tout le monde, j’ai grandi avec – qu’il me faut parfois du temps pour réaliser que ce qu’on m’a dit hier ou le mois dernier, en fait, c’était pour le moins inexact.
J’ai parfois quelques lenteurs.
L’analyse psychanlysante de tout et de rien est partout, à tout les coins de rue. Vous avez un pet de travers? C’est un message de votre inconscient par rapport à votre enfance et votre relation à votre mère, tu vois.
C’est ça, ouais ouais, c’est ça.
On prône le lâcher-prise alors que les cerveaux n’ont jamais été autant en surchauffe, très contents de pouvoir être ainsi laissés à leur surchauffe en roue-libre, eux à tout interpréter et justifier sans fin par leurs infinis méandres sans fonds, leurs traumas incurables puisque si profonds, leur passé jamais tout à fait compensable puisqu’il est passé, c’est con hein, tu vois ce que je veux dire? Le passé justifie tout et quand ce n’est pas le passé c’est son empreinte sur ton être profond, tu vois, et les blocages que tu dois débloquer, laisse-toi donc aller un peu, quoi que de préférence beaucoup c’est mieux, et de préférence en me faisant profiter de tes voluptés ainsi enfin libérées, tout ton être bien ouvert grand écarté.

On en oublie un peu que de partir à la quête d’une pleine conscience, ça rend conscient de beaucoup de choses.
Viser la pleine conscience, c’est viser le plein épanouissement et inversement. C’est ce dont j’ai envie, tout au fond de mon être méandreux, tu vois, ma quête existentielle, le plein épanouissement en pleine conscience. Ouais, rien que ça.
Et la pleine conscience, ou du moins une conscience en expansion, ça a des conséquences. On ne peut pas vouloir être en conscience et continuer à faire « n’importe quoi », à se « lâcher » comme lorsqu’on avait 15 ans, continuer à se laisser ballotter et déborder par ses émotions, ses désirs, ses petites et grosses fixettes.
Les gens voient quelqu’un qui cherche à comprendre les choses, à se connaitre, à faire ce qui est juste, bon et beau pour lui, en respect avec ce qui est juste, bon et beau pour autrui (ce qui peut s’avérer un peu compliqué) et ils le targuent de vouloir tout maîtriser et d’être dans une recherche névrotique de « pureté ».

Il suffit d’avoir un peu pratiqué le tai-chi, par exemple, pour savoir dans son corps, autant que dans son esprit, que pour atteindre au fameux « non-agir », ne serait-ce qu’un peu une fois de temps en temps, il est nécessaire d’avoir une pratique faite de discipline.
Ouuuuuh le gros mot la discipliiiine!!!!!
La maîtrise – son apprentissage et sa recherche, peut être un des moyens pour atteindre à une plus grande conscience, au libre-agir et au libre-être et elle est également le produit de cette conscience étendue et qui s’étend: l’action en conscience étendue étant forcément plus « mesurée » qu’une action en conscience « restreinte », une telle action est spontanément à une « meilleure » mesure, expression d’une entente et d’une harmonie entre le corps et l’esprit, entre l’être et son environnement.
On ne peut pas juste vouloir devenir d’avantage conscient: il s’agit de pratiquer, de s’astreindre à certaines choses pour y parvenir, tout comme on ne peut pas juste vouloir atteindre le sommet d’une montagne: il faut marcher pour y parvenir. Ca demande une certaine détermination, certains efforts, une certaine discipline, une certaine maîtrise.

Alors j’entends parler d’ouverture des chakras à tout va, parce que le lâcher-prise, tu vois ça passe par le cœeeeeur, pas par la tête et ainsi donc faut avoir le cœur ouvert, grand ouvert à la vie et à l’amouuuur.
On en oublie qu’un chakra ouvert, c’est une maison ouverte aux 4 vents.
On en oublie qu’il ne s’agit pas seulement de savoir ouvrir un chakra, il s’agit aussi de savoir le fermer aux pilleurs.
On prône le lâcher-prise et on laisse allègrement déborder nos humeurs sur tout le monde, comme certains écoutent de la musique à fond dans le train ou chez eux, sans en avoir rien a foutre des voisins qui ont peut-être besoin de dormir ou qui ne partagent pas forcément leurs goûts musicaux.
On prêche les bons sentiments à tout va et on se retrouve avec l’esprit en train de planer à 30 000 pieds au-dessus de notre corps (ce con), déconnecté du réel, en train de dire merci au camion qui nous fonce dessus, parce que tu vois tout est tellement bon à prendre dans la vie et faut savoir dire merci même pour les couilles qui nous tombent dessus (vu qu’on ne les a pas vu venir, vu qu’on était trop occupé à planer à 30 000 pieds de là) et avoir de la compassion pour les camions qui ne savent pas ce qu’ils font les pauvres petits, et leur tendre l’autre joue aussi tant qu’on y est, jusqu’à en être transformé en bouillie informe mais tu vois, compassion et peeeeace man! T’énerve pas comme ça!

On croit maîtriser la psychologie, on patauge en pleine excusologie.
On est très fier de son « lâcher-prise », on se débat dans un grand n’importe quoi.
On affirme vouloir vivre, on ne fait que rejouer la scène du martyr, ad nauseam.

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Une réflexion sur “Non-agir ou laisser-aller

  1. bonjour,
    La voie du juste milieu est l’expression du non-agir; elle oscille entre les extrêmes, de manière parfaite, et donc ajustée, à chaque instant. Elle est l’expression pure d’une âme, participant de l’infini-éternel, parfaitement connectée au Corps et à ses différentes expressions : la forme, la psychée, le mental… et réciproquement; et donc l’expression d’une vie en plénitude.
    Le laisser-aller, au sens commun du terme, et ses différents aspects que sont la négligence, la complaisance, et l’auto-contemplation, ne sont pas le non-agir.
    La discipline est nécessaire sur le chemin, mais c’est une discipline ouverte qui laisse vivre la créativité, l’intuition, le sentiment, l’instinct et la pulsion. Elle est destinée à ouvrir à la vie, non pas à la restreindre.
    bien amicalement, Yannik

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