Le parfum

fsw - dark heart of the deep woods
Photo tirée du blog de Jill McKeever, créatrice de For Strange Women.

 

Plusieurs fois, j’ai eu l’occasion d’entendre des hommes parler des délices du parfum des femmes: pas de leurs flacons achetés à Sephora, Marrionnaud et compagnie mais de celui de leur « intimité ».
Cela me rappelle une conversation que j’avais eu il y a quelques années avec une passionnée de parfums – des parfums des parfumeries. Elle m’avait parlé de Mitsouko, de Guerlain, dont elle était tombée amoureuse, et de la mousse de chêne, matière à parfum naturelle jadis très utilisée en parfumerie mais dont l’usage est désormais si rigoureusement limité (au prétexte qu’elle serait allergisante pour une ou deux personnes sur mille, quelque chose comme ça) que les parfumeurs la remplacent par une « mousse » de synthèse, de toute façon moins coûteuses mais moins magique que l’originale. Je l’avais écoutée, fort dubitative: jamais personne ne m’avait parlé de parfums avec une telle ferveur. Je ne comprenais pas qu’un parfum, une chose si futile, puisse provoquer autant d’émoi.
Depuis, je suis devenue moi-même une « perfumista », j’ai chopé ce virus qui me pousse à commander des échantillons de parfums naturels au près de créateurs artisanaux dont aucune vendeuse de Sephora n’a jamais eu vent, parfois je m’amuse à poser des questions piège à ces vendeuses: auraient-elles un belle tubéreuse à me faire sentir (« une tubéquoi? »), ou bien un parfum de grand-mère qui cocotte bien (« euh, Angel? »)?

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Photo tirée d’un article consacré à Roxana Villa.

Et non seulement j’aime sentir des parfums mais j’essaye de me constituer, petit à petit, une banque de matières naturelles: huiles essentielles et absolues. J’ai un petit échantillon d’absolue de tubéreuse qui ressemble à une crotte de nez et qui sent le cellier à charcuterie… Et quand je suis dans la nature ou bien chez un fleuriste, il faut que je snif tout ce qui passe. Hier à Botanic j’ai senti un merveilleux jasmin, j’étais aux anges.
Je suis devenue perfumista mais lorsqu’un homme me parle de son amour des effluves féminines, franchement, je suis toujours aussi dubitative.
Peut-être que l’homme, habitué à sentir ses propres odeurs, rendues particulièrement prégnantes par sa testostérone, tombe en extase devant celles plus délicates des femmes? Alors que les femmes auront tendances à tomber aussi en sentant celles des hommes, mais pas de délectation.
Pourtant, ma passion des parfums m’a amenée à me familiariser avec certaines matières animales particulièrement fortes, comme la civette de Jicky, de Guerlain (civette désormais synthétique) ou l’hyraceum , une concrétion issue de la transformation de l’urine d’un animal, qui servent de « base », de fixateurs très tenaces en parfumerie. Tabac, de La Via del Perfumo, un de mes parfums préférés, me rappelle les écuries des clubs équestres, l’odeur du foin, du cuir, du crin… Et de tout le reste, entremêlé, avec une touche d’alcool fort. C’est loin d’être un gentil et délicat petit néroli…
Pourtant, les odeurs humaines continuent à ne rien me faire de particulier, peut-être parce que trop « brute », peut-être parce que généralement trop chargées de dégagements de toxines.
La peau et les muqueuses sont en effet des « émonctoires », des portes de sortie des toxines que notre corps produit, ou de celles que nous avons ingérées et qui peuvent « sentir », au même titre que celles qui parfument l’urine.
Lorsque je suis devenue végétalienne, j’ai constaté un net changement à ce niveau: je sentais beaucoup moins « fort », je pouvais passer plusieurs jours sans changer de vêtements sans que cela se sente. Quand on ingère peu toxines, on a peu à en évacuer. Mes vieux vêtements, imprégnés de vieilles odeurs de transpiration, sentaient plus mauvais que moi!
Mais, maintenant, si j’essaye de me souvenir des odeurs de transpiration de mes amants passés, je réalise que, pour ce qui est de ceux dont j’étais franchement amoureuse, j’en garde très peu de souvenir, comme si j’avais été aveugle à leurs « mauvaises » odeurs. Le flair me faisait peut-être choisir des hommes dont les odeurs étaient compatibles avec mes goûts et mes couleurs… La magie des phéromones, tout ça tout ça… Mais il n’y a pas que la transpiration dans nos vies sexuelles et amoureuses et j’avoue que les autres odeurs continuent à ne rien me raconter de bien plaisant.
Ainsi, un des mes ex amants s’était évertué à me vanter les vertus nutritionnelles du sperme. J’avais fini par lui demander s’il avait déjà goûté le sien. Je crois que j’avais réussi là à le décontenancer quelque peu.
Il n’était pas du tout végétalien.

fsw - decadence
Un de mes parfums préférés, de For Strange Women.

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