Mulder et le haricot géant

the-creatrix andrew gonzalez
Voici un texte que j’ai écrit il y a quelques mois, il ne porte que la date de dernière modification: 8 février 2014, donc juste avant que je ne tente l’expérience de la vie commune avec celui qui, depuis, est devenu mon « ex »… Je prévoyais de le poster sur mon blog d’alors et puis finalement je l’avais mis au tiroir…
Lorsqu’on prend conscience qu’on a le cœur fait d’une drôle de façon, un peu façon prise multiple ou maison ouverte aux quatre vents, on prend aussi conscience que notre vie va être particulièrement compliquée. La vie amoureuse, c’est déjà complexe, la vie polyamoureuse, c’est complexité puissance 10. A croire que j’ai l’âme d’une ingénieur: plus c’est compliqué, plus j’aime.
Je me souviens qu’à l’époque de cette prise de conscience, qui s’était étalée sur plusieurs semaines, voir plusieurs mois, j’en avais eu l’appétit coupé, tant mon cerveau carburait pour essayer de comprendre, tant il faisait d’efforts pour comprimer et tenter d’effacer les données existantes afin de faire de la place aux nouvelles, il appelait à lui toute mon énergie tant que mon tube digestif se retrouvait tout empêché, mon cerveau comme un second ventre enceinte d’une énormité, d’un vrai petit monstre, tant et si bien qu’il dut probablement finir par se fendre pour de bon sous les poussées de l’alien qui, tel un haricot géant perçant jusqu’au ciel et toujours croissant, me donne certainement parfois quelques airs de gorgone.
Dans un cas comme le mien, le polyamour est peut être le fruit d’une pensée en arborescence, une pensée du moins non linéaire, atypique, multi spatio-temporelle, ouverte sur l’éternité et l’infini.

La pensée traditionnelle mène à considérer l’amour comme une denrée unique et périssable, un objet indivisible, un petit cupcake tout mignon mais impossible à partager sous peine d’affamer tout le monde: le cupcake ne peut faire le bonheur que d’une personne à la fois et on ne peut le laisser traîner partout, ce serait dégoûtant, il s’abîmerait et ne serait plus bon qu’à finir à la poubelle. Dans la pensée traditionnelle, l’amour est telle une ligne composée de préférence d’un segment unique ou bien à la rigueur d’une suite de segments alignés les uns à la suite des autres: ma première histoire d’amour sera le segment 1, il commencera en A et finira en B. Viendra ensuite le segment 2, qui commencera en B et finira en C. Des segments de différentes longueur s’enchaînent ainsi les uns aux autres pour former une belle ligne bien droite. Le chevauchement de deux segments est proscrit mais il peut toute fois survenir, tel une anomalie, un bug. Il peut arriver qu’une histoire commence alors que la précédente n’est pas encore finie. Il est traditionnellement convenu que cela signifie que la relation en cours touche à sa fin, qu’on doit tourner la page et repartir du bon pied sur un nouveau segment.
Il est inconcevable de tenter de tracer deux segments parallèles. Cela s’appellerait mener une double vie, « tromper », être un saligot ou une saligote. Si deux segments ont un tracé parallèle, coexistant dans l’espace-temps, il ne peut s’agir que d’amitié ou de cul, pas d’amour.
Dans la pensée traditionnelle, le polyamoureux n’existe même pas: dans la pensée traditionnelle, le polyamoureux est quelqu’un qui se fourvoie sur la nature de l’amour, qui ne sait pas de quoi il parle, le pauvre petit, soit quelqu’un qui tente de vous fourvoyer.
La pensée traditionnelle a un peu de mal à envisager qu’elle n’est pas toute seule sur terre, que les aliens et les haricots magiques sont parmi nous et que l’amour, pour ces autres formes de pensée « surnaturelles », c’est un cupcake géant, ou bien encore des relations qui s’alignent non plus à la chaîne mais comme les rayons d’une même étoile, chacun prenant sa source au même cœur en état de perpétuelle fission.
Certaines personnes se doutent bien que la pensée traditionnelle ne colle pas tout à fait à la réalité: ces personnes voient ou parfois même ressentent des choses qui ne collent pas avec cette jolie ligne droite mais, en général, elles évitent d’en parler, d’agir en conséquence, bien trop flipées à l’idée de passer pour un agent Mulder, dans la série X-files, Mulder qui s’imagine que les aliens (et les haricots magiques) sont parmi nous et que nos gouvernements complotent avec eux dans notre dos, tout ça tout ça, le pauvre petit Mulder qui psychote, que personne ne croit jamais et qui finit toujours roulé dans la farine…
Et puis pour quelques autres personnes, Mulder est un héros, un exemple à suivre… D’autres encore sont eux-même les aliens incarnés ou les haricots magique, être humains mutants, X-men plutot qu’Xfiles, qui ne peuvent guère faire autre chose que de se dépatouiller de leur super pouvoir, façon cœur d’étoile en perpétuelle fission.

A l’heure où j’écris ces lignes (5h du matin, à la faveur d’une insomnie), je mène une vie plutôt bien rangée. J’aime à me dire « en couple », puisque je le suis, sauf que je m’étale en public sur ce genre de sujet et que cela fait désordre et donc, lorsque je remplis la fiche du recensement ou un papier administratif, je me dois d’inscrire « célibataire » et mon profil facebook, que j’aime pourtant à tenir telle une vitrine bien claire de ma réalité, est toujours lui aussi celui d’une célibataire, tel un immense appel à la drague perpétuelle… alors que non, en vrai, autant que je puisse en juger, je suis très sérieusement occupée à construire, à co-créer un joli petit couple… qui ne dit pas son nom, parce que sortir avec Mulder, s’afficher avec un haricot magique aux airs de gorgone ou quelque chose dans le genre, c’est « compliqué », peut être encore plus compliqué que d’être soi-même polyamoureux…

 

Illustration: The Creatrix – Andrew Gonzalez

 

 

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Une réflexion sur “Mulder et le haricot géant

  1. bonjour,
    Quelquechose m’a énormément aidé : la perception « multispatiotemporelle », ouverte sur « l’infini, sur l’éternel ». La question est : qui suis-je ? qu’est ce qu’ un être humain? L’ouverture et les re-dimensionnements de l’être déclenchés par cette quête remettent peu à peu l’égo à sa juste place, et développent un apaisement inoui. C’est une voie étrange mais sûre.
    Vivre et devenir pleinement vivant est le chemin.
    Je suis médecin; j’ai 60 ans; et me suis découvert « asperger », après un long chemin d’errance entre souffrance et merveilleux.
    On peut communiquer, si vous le voulez. (rospars.yannik@wanadoo.fr)
    Je vous salue bien,
    Yannik

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